"Les orphelins" Eric Vuillard - éd Actes sud

Une histoire de Billy the Kid ou comment l'Amérique s'est construite. Dans "L'homme qui tua Liberty Valance", le film de 1962 réalisé par John Ford avec John Wayne et James Stewart dans les rôles principaux, il y a cette célèbre phrase : " On est dans l'Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende! ". A revers, loin des mythes, des fantasmes et des légendes Eric Vuillard va réécrire l'histoire de Billy the Kid pour le faire parler. A travers lui, il nous fait comprendre les fondements de la démocratie américaine et la place de la conquête coloniale dans son histoire d'hier et d'aujourd'hui . Avec finesse, il nous explique la naissance du capitalisme américain, la montée de la violence, les inégalités et les ambitions États-Uniennes d'hier et d'aujourd'hui.
Une belle façon littéraire de résister, encore et toujours.
 

"Les explorateurs" Iegor Gran - éd POL

Comment faire face à la monotonie des cours quand on est quatre jeunes adolescents, en classe de seconde au lycée Marie-Curie de Meaux, au début des années 80 ? Grâce à l'imagination : Et si la plupart des profs étaient sous le contrôle d’une puissance extraterrestre venue de la planète Zugul ?  Partant de cette invention, nos quatre jeunes vont se sauver de l'ennui, se lier d'amitié, s'initier à la littérature (et à bien d'autres choses), découvrir l'âge ingrat et faire face au monde des adultes. Sans nostalgie, mais avec beaucoup d'humour et une pointe de mélancolie, Iegor Gran rend hommage à  une époque encore non soumise aux diktats des smartphones et des réseaux sociaux, et où l'imagination, l'amitié, l'effervescence, l'ébullition et l'émulation d'une salle de classe aidait une jeunesse à se construire. Un roman tendre et réjouissant.

"Mon refuge et mon orage" Arundhati Roy - éd Gallimard

"Mon refuge et mon orage" est une invitation à retrouver toute la puissance romanesque de la grande autrice indienne du Dieu des Petits Riens. Dans ce récit littéraire d'une infinie beauté, Arundhati Roy revient sur son passé : une enfance chaotique dans le sud de l'Inde, son émancipation précoce, le goût de l'écriture, la fulgurance du succès international avec le Booker Prize en 1997, puis la découverte que sa plume peut devenir une arme pour déjouer les injustices et la violence du gouvernement indien. Au fil des chapitres, c'est aussi le portrait de sa mère, Mary Roy, qui prend forme. Une grande âme, généreuse et adulée dans sa région pour y avoir bâti une école, mais qui dans l'intimité s'avérait une mère impitoyable et maltraitante. Toute sa vie durant, elle aura été pour sa fille à la fois son refuge et son orage. Dans ce livre magnifique au style luxuriant, Arundhati Roy nous ouvre les portes de sa vie hors norme et haletante, mêlée à celle d'une figure maternelle redoutable mais qui lui a transmis le goût de la liberté, et la nécessité d'écrire.

"La voie" Gbriel Tallent - éd Gallmeister

En escalade, la "Voie" demande aux grimpeurs de maîtriser l’art de la stratégie, pour choisir le meilleur itinéraire et économiser de l’énergie tout en surmontant les obstacles complexes de la paroi. Dan et Tamma, deux adolescents de 17 ans, vont ainsi traverser leur dernière année de lycée comme on aborde une "Voie". Ils doutent, ne savent pas quelle suite donner à leur parcours. Ils vont devoir faire des choix tout en faisant face à des atmosphères et des situations familiales très difficiles. Ils sont très différents, mais ils s'aiment d'amitié, pour la vie, malgré et pour leurs imperfections respectives. Et surtout, ils ont une même passion qui les lie et les relie : l'escalade. Leur seul bonheur, le seul moment où ils sont eux-mêmes c'est en affrontant des parois vertigineuses. Ensemble ils cherchent la bonne "Voie", leur voie, celle qui leur correspond, qui va répondre à leurs propres attentes. Mais quelle voie suivre ? Comment l'aborder ? Plus précisément comment aborder le "Crux".  Titre original du livre, le "Crux" désigne le passage le plus ardu, ce moment où la difficulté se concentre, et où tout se complique simultanément sur le plan technique, physique et mental. Au-delà de la métaphore, Gabriel Tallent place ses personnages face à ce moment critique, et il observe ce que cette épreuve révèle de leur nature profonde dans cette période essentielle de l'adolescence qui n'est que transformation. Dan et Tamma  grimpent pour fuir, pour échapper à un monde adulte qui les a déjà rattrapés alors qu'à 17 ans ils sont encore tous les deux en construction.  Mais, ils grimpent surtout pour fuir un enfermement qui les étouffe et écrase leurs rêves. Un roman d'apprentissage et d'émancipation très fort et très touchant où Gabriel Tallent avec toute sa subtilité, son talent et sa sensibilité pose la question du sens de la vie, et nous montre que son but n'est pas d'atteindre le sommet mais d'arriver à traverser les passages les plus difficiles avec toujours une main aimante pour nous tenir et nous soutenir.  

"American spirits" Russel Banks - éd Actes sud

Des électeurs de Trump et des armes, des situations qui dérapent, échappent aux protagonistes et font la une du journal local, trois histoires de famille et de voisins, une montée en puissance exceptionnelle à mesure que la tension grimpe : voilà les ingrédients de cet opus final, qui frappe par la finesse des profils dessinés et l’art de la nuance.
Palpitant, haletant et d’une remarquable maîtrise, "American Spirits" explore les hostilités souterraines qui minent les communautés rurales américaines, ainsi que les dérives de la politique nationale. En nous entraînant dans le Nord de l’État de New York, au cœur du bourg de Sam Dent, Russell Banks signe une œuvre magistrale, qui s’inscrit avec éclat au panthéon de la grande littérature américaine.

"On l'appelait Bennie Diamond" Michaël Dichter - éd les Léonides

Anvers, années 70. Le jeune Bennie Goodman sait que son père Moshé aimerait mieux le voir à la synagogue qu’à fureter dans les ruelles du quartier des diamantaires. Mais c’est plus fort que lui : la prière l’ennuie, le diamant le fascine. Après tout, c’est dans ce secteur que son grand-père Yéhuda a fait fortune, et quoique le patriarche ait coupé les ponts avec son fils et son petit-fils, ce dernier ne peut réprimer sa fascination. Des ateliers de taille aux vastes salles de négoce de la Bourse, Bennie ne renoncera devant rien pour se faire sa place et un nom. Son ascension, pourtant, n’est pas vue d’un bon œil par les puissants de la ville – pour qui se prend-il, ce gamin sans pedigree, qui vient leur voler ce qui leur revient de droit ? Michaël Dichter signe un ambitieux roman d’apprentissage au cœur de la communauté des diamantaires porté par un jeune héros écartelé entre un père de tradition juive orthodoxe et sa passion pour le négoce et une autre version de lui même. 

"Princesse" Kinga Wyrzykowska - éd du seuil

C'est l'une des belles surprises de cette rentrée hivernale. Loufoque, drôle, avec des passages tout simplement hilarants, "Princesse" est une satire sociale désopilante et acerbe. Une critique sur la montée des nationalismes.

"Princesse" commence comme un conte moderne. Barbara Lis, cadre RH d'origine polonaise, revient d'une mission délicate quand elle fait deux rencontres bouleversantes : un lapin nommé Princesse, reçu en cadeau d'anniversaire, et Pawel, plombier polonais. Tout s'enchaîne très vite. Par amour, Barbara, célibataire effacée adepte de rencontres éphémères, prend le chemin de la Pologne avec ses nouveaux compagnons. La Parisienne rejoint le village natal de son amoureux, et s'installe dans leur nouvelle maison.  À Lysina, on s'occupe de ses voisins. Trop. Ainsi l'étrangère est épiée par tous. Chacun scrute le ventre de Barbara : quand va-t-elle tomber enceinte ? Seul le lapin grossit.

Saisissant l'air du temps, l'autrice s'attaque avec humour et férocité à la résurgence des conservatismes, religieux et politique. Elle dit un monde en décomposition et la réapparition d'atavismes que l'on croyait disparus. Les droits sont remis en cause partout. En Pologne, et bientôt en France ? Princesse, roman indispensable de cette rentrée littéraire hivernale.

"Le ciel l'a mauvaise" Eléa Marini-Ed. de L'Olivier

Dans ce premier roman on assiste à la rencontre forcée de trois personnages : Isaac, l'homme, Bo, l'enfant  et Alma, la femme.  C'est trois solitudes se croisent dans leur petite ville sans nom jusqu'à ce qu'un ouragan déchaîne pluies torrentielles et vents violents, ravageant tout sur son passage.  

Par la force des choses et pour survivre ils vont être amenés à faire route ensemble. De refuges, en exode, on assiste alors à la naissance de liens indéfectibles, de racines qui poussent et s'entremêlent à nouveau, de paroles qui se libèrent. Trois destins écorchés vifs qui vont faire corps, qui vont faire fratrie, qui vont faire famille. Avec beaucoup d'humanité et une grande subtilité, Eléa Marini nous fait vivre la rencontre de ces existences à travers une langue particulière, charnelle et poétique. Elle nous raconte le deuil, la mémoire, l'exil mais aussi la reconstruction et l'espoir.  Des personnages forts, une histoire puissante et un style impressionnant : un vrai grand plaisir de lecture.  

"Chair" David Szalay - éd Albin Michel

Istvan est un taiseux, un homme de peu de mots qui répond le plus souvent par "ok" signifiant quelque soit la question que cela lui est égal ou de peu d'importance. Cette neutralité le rend au début du récit très agaçant car insaisissable. Quel est cet homme, ce jeune homme ? Au tout début du roman, il a 15 ans, il vit avec sa mère à Budapest dans la Hongrie post-communiste des années 90. Une voisine qui a l'âge de sa mère l'initie à la sexualité, il se laisse guider, il se laisse faire et peut-être un peu trop.  Rien ne semble l'affecter, il paraît si éloigné des émotions, que tout peut lui arriver sans que cela n'altère sa façon d'être :  la mort d'un voisin, ses années d'incarcérations, son départ pour le front en Irak en 2003 ou le traumatisme de la mort d'un ami, sa vie d'adulte en Grande Bretagne où il passera vingt ans, se mariera, sera père, deviendra un homme fortuné qui perdra tout, avant de revenir en Hongrie, dans l'appartement que sa mère avait gardé. Istvan fait bien évidemment penser au Meursault de Camus, ils partagent l'un et l'autre cette passivité, ce mutisme et constitue une enigme pour le lecteur parce que le personnage ne s'explique pas, c'est au lecteur d'interpréter.  Le laconisme, l'opacité, la sécheresse hypnotisante des phrases courtes et répétitives que débitent Istvan le réduisent essentiellement à un être physique. Un roman du corps et de la masculinité qui pourrait laisser le lecteur en dehors mais c'est tout l'inverse qui se produit car on éprouve, à l'épreuve de cette aridité, une empathie certaine pour ce personnage et sa trajectoire. Un récit dérangeant et surprenant. Booker Prize 2025.

"La vie entière" Timothée de Fombelle - éd Gallimard

Une résistante, une jeune femme de 17 ans sait qu'elle va se faire arrêter. Elle le sait parce qu'elle a désobéi aux consignes de sécurité, parce qu'au lieu de fuir et de se réfugier elle l'attend.Elle attend son chef de réseau, nom de code "Blanche"', elle attend alors qu'elle ne devrait pas, elle l'attend parce qu'elle est amoureuse même si lui ne le sait pas. Alors pour conjurer le sort, Claire va écrire le roman de la vie qu'ils auraient pu avoir. Comme une déclaration d'amour sous forme d'une longue lettre qui retrace une entière inventée, rêvée, magnifiée.  

L'écriture de Timothée de Fombelle est poétique, subtile et tout en délicatesse. 

 

"Aller à la Havane" Leonardo Padura - éd AM Métailié

L'écrivain cubain raconte la ville qui est au coeur de son oeuvre, La Havane. Une grande histoire d'amour entre un écrivain et sa ville. Il évoque cette histoire intime et globale à la fois, et les liens tumultueux qu'il entretient avec la mégapole. Un récit en forme d'autobiographie géographique émaillée de recueils d'articles de presse et d' extraits de ses romans où pointent le désarroi et la nostalgie face à la précarisation de la cité et de ses habitants.

 

 

Prochainement

Samedi 13 décembre, entre 15h et 18h :

Double séance de dédicaces avec Louison et Vincent Brunner.  

Porculus

54 ans après sa première parution, Louison adapte avec brio et fidélité les aventures du petit goret d'Arnold Lobel en bande dessinée. Absolument irrésistible et plus encore avec une dédicace dessinée de Louison.

chansonsrebelles

12 morceaux qui ont changé leur époque, issus de tous les genres musicaux et devenus des emblèmes contestataires. "Strange Fruit", "Bella Ciao", "Balance ton quoi", "Blowing in the wind,", "Le chant des partisans"... leur histoire en BD. Un chouette cadeau de Noël dédicacé.

Lire la suite...

Connexion