"Nous tombons" Anna Platt - éd Gallimard

Linköping,1992. Kare, le pilote d'essai d'un avion de chasse Gripen, s'écrase avec son appareil. La colonne de fumée noire qui s'élève alors, visible de partout en ville, marque l'intrusion de la réalité chez tous les personnages du livre. Chacune de ces vies est bouleversée par le crash qui fait obstacle à la réalisation de son rêve ou espoir du moment : Marie-Louise, modeste secrétaire qui se découvre activiste pacifiste, Monica, atteinte d'un cancer et qui porte un lourd secret, Elis, vieux monsieur en maison de retraite passionné d'oiseaux, et Ida, adolescente sportive marquée par la mort de sa maman. C'est avec une grande subtilité de ton et de voix qu'Anna Platt décrit cinq personnes qui ont en commun des vies et des histoires en chute libre. Et qui, chacune à leur manière, vont trouver des ressources pour se relever.

"Le chant du poulet sous vide" Lucie Rico - éd POL

« J'ai commencé à écrire Le chant du poulet sous vide comme un conte, de la même manière que le marketing crée des contes, jusqu'à nous faire croire que les animaux que nous mangeons sont d'adorables bêtes, saines et dévouées, avec lesquelles nous avons une relation. ». La mère est morte. Sa fille, Paule, revient à la ferme et à son élevage de poulets. Citadine, elle se retrouve à devoir s'occuper d'eux, les tuer et les vendre au marché. Quitte à devoir négliger son mari architecte. Mais en mettant à mort les poulets, Paule renouvelle sans cesse le deuil de sa mère. D'autant qu'elle s'attache à eux et ne parvient à les sacrifier qu'en leur rendant hommage, en écrivant leur biographie, en leur créant des stèles. Le roman est ainsi ponctué de biographies de poulet qui deviennent de plus en plus funestes. Paule trouve pour chaque petite bête un caractère. Ces biographies précèdent de peu la mise à mort. Ecrire devient à Paule aussi nécessaire que tuer. Mais Paule entend améliorer l'existence des poulets. Elle retourne en ville avec un projet d'exploitation révolutionnaire. Le passage à l'échelle industrielle n'est pas sans risque, Paule commence à douter d'elle-même. Prise à son propre piège d'humaniser la viande à consommer, d'écrire des fictions sur les poulets. Le conte que Paule s'est inventé vire à l'absurde. Les personnages principaux du livre deviennent les poulets. Et l'humanité déraille doucement, victime de ses compromis entre son désir fou de consommation et de ses stratégies de dénégation d'une réalité sanglante.

"Ville émeraude" Jennifer Egan - éd Robert Laffont

En 1993, Jennifer Egan, l'une des plus grandes écrivaines américaines, couronnée du prix Pulitzer pour "Qu'avons-nous fait de nos rêves ?", faisait une entrée remarquée en littérature avec ce recueil de nouvelles. La solitude, les regrets mais surtout le désir, sous toutes ses formes – désir de changer, de se racheter, d'échapper à son quotidien –, sont au coeur de ces onze nouvelles magistrales. Depuis des lieux exotiques, comme la Chine ou Bora-Bora, cosmopolites, comme Manhattan, ou plus banals, comme une banlieue de l'Illinois, les personnages de Jennifer Egan – des mannequins, des femmes au foyer, des banquiers, des écolières... – sont en quête d'une nouvelle vie, cherchent à dépasser les frontières. Près de trente ans après leur publication, voici enfin traduites les élégantes et poignantes nouvelles qui composent Ville émeraude. Un événement.

  

"Veronica" Mary Gaitskill - éd de l'Olivier

Dans les années 80, Alison a connu son heure de gloire comme mannequin à New York. Mais le rêve a tourné court et s'est transformé en ballade de la dépendance. La drogue, l'argent facile et les succès éphémères l'ont détruite. Vingt ans plus tard, Alison subsiste à New York en faisant quelques heures de ménage chez un ancien amant. Elle replonge dans le tourbillon de ses souvenirs. L'enfance, les relations avec son père, l'amitié rédemptrice avec l'excentrique Veronica, morte du SIDA... Tout revient, tout s'entremêle. Alison nous entraîne à sa suite dans ce " conte de fées pour adultes " brillant et pervers.

 

 

 

"L'histoire de Sam ou l'avenir d'une émotion" Jean-Marc Parisis - éd Flammarion

A 14 ans, dans une petite ville de France, la veille de partir en vacances, Sam rencontre une jeune Galloise. C'est l'émerveillement, le serment. Avant la séparation, déchirante, et le silence, mystérieux. Des années plus tard, à la faveur de divers signes, la pensée de Deirdre revient hanter l'homme que Sam est devenu. Sans attaches, mais gouverné par cette singulière présence, il ira au bout d'un étonnant voyage. Dans ce roman virtuose aux allures de conte moderne, Jean-Marc Parisis joue jusqu'au vertige avec le temps, les visages, les lieux, les distances.

  

"Par les routes" Sylvain Prudhomme éd L'Arbalète Gallimard

"J'ai retrouvé l'autostoppeur dans une petite ville du sud-est de la France, après des années sans penser à lui. Je l'ai retrouvé amoureux, installé, devenu père. Je me suis rappelé tout ce qui m'avait décidé, autrefois, à lui demander de sortir de ma vie. J'ai frappé à sa porte. J'ai rencontré Marie". Avec Par les routes, Sylvain Prudhomme raconte la force de l'amitié et du désir, le vertige devant la multitude des existences possibles. Un récit tout en douceur, en générosité et en tolérance. Des êtres se rencontrent, se croisent, se retrouvent, ils se regardent vivre. Chacun essaie de faire ce qui lui paraît le mieux pour lui même. Le narrateur est écrivain et part s'enfermer dans un appartement dans le sud de la France, c'est là qu'il croise un ami qu'il a connu étudiant et avec lequel il a beaucoup voyagé, ce dernier n'a pas renoncé à ses rêves d'escapades et part régulièrement en stop en France et parfois plus loin. Il vit avec Marie qui est traductrice, ils ont un jeune fils. Le récit tourne autour de ce personnage qui ne peut vivre qu'en état de partance et qui a construit son existence avec cet impératif. On le voit évoluer par le regard des autres personnages qui vivent ses absences à leur manière, mais dans un profond respect de sa liberté. Portés par la douceur du style et des regards, on suit les pérégrinations de l'autostoppeur, ses retours, la vie qui évolue autour de ses absences, et on se retrouve étonnamment proche de ce trio qui aborde avec tant de sérénité les surprises de la vie. Un récit excessivement attachant.

"Toutes les histoires d'amour ont été racontées, sauf une" Tonino Benacquista - éd Gallimard

Où donc est passé Léo ? Son entourage s’interroge sur le mystère de sa disparition. Qui était-il vraiment ? Que fuyait-il ? S’il vit toujours, où est-il allé se perdre ? Nul ne se doute qu'il vit désormais dans un autre monde, celui des séries télévisées, où tout fait écho, à sa mémoire comme à ses rêveries. Vingt ans après le succès de "Saga", Tonino Benacquista nous rappelle que seule la fiction a le pouvoir de réparer le réel. Tonino Benacquista nous entraîne sur la piste d'un homme qui a choisi de fuir le réel, il surf d'une série à l'autre, emprunte une réplique, ou la situation d'une série et la réutilise dans le contexte d'une autre, tout en y mêlant ses souvenirs. C'est un individu ordinaire dépassé par son époque, celle de la connexion immédiate ou de l'info en continu, pris de vertige, il s'enferme chez lui pour chercher les réponses à ses questions en passant de l'autre côté du miroir, et en se laissant complètement absorbé par l'univers de la fiction. Il ne vit pas par procuration l'histoire des personnages, il utilise les sujets ou les situations pour essayer de comprendre ce qui le hante, il est perpétuellement dans un monologue intérieur. D'autres personnages traversent ce roman, Richard/Rich milliardaire le jour, SDF la nuit, l'écrivain Harold qui représente le monde d'avant... Une quête effrénée d'identités morcelées qui prend, comme toujours chez T. Benacquista, des chemins de traverses inédits.

"Le service des manuscrits" Antoine Laurain - éd Flammarion

"A l'attention du service des manuscrits." C'est accompagnés de cette phrase que des centaines de romans écrits par des inconnus circulent chaque jour vers les éditeurs. Violaine Lepage est, à 44 ans, l'une des plus célèbres éditrices de Paris. Elle sort à peine du coma après un accident d'avion, et la publication d'un roman arrivé au service des manuscrits, Les Fleurs de sucre, dont l'auteur demeure introuvable, donne un autre tour à son destin. Particulièrement lorsqu'il termine en sélection finale du prix Goncourt et que des meurtres similaires à ceux du livre se produisent dans la réalité. Qui a écrit ce roman et pourquoi ? La solution se trouve dans le passé. Dans un secret que même la police ne parvient pas à identifier.

 

 

 

 

  

"Une vie audacieuse" Elena Costa - éd Gallimard

1987. Yves quitte le confort de la maison familiale pour suivre des études de droit à Paris. Très vite, le jeune homme se sent rejeté par la capitale et les autres étudiants, et rêve d’une 'vie audacieuse'. Dans un café, il rencontre Évelyne, âgée d’une trentaine d’années et professeure de piano. Elle s’occupe tous les dimanches de son fils de treize ans, Jérôme, qui vit chez son père car elle a refusé d’en assumer la garde. Évelyne est secrète, distante, insaisissable. Une relation amoureuse naît pourtant entre Yves et la jeune femme et, après la mort du père de Jérôme, ils vivent ensemble tous les trois quelques mois dans un appartement en banlieue parisienne. Mais un jour Évelyne abandonne les deux garçons... Chacun va essayer à sa façon de combler cette absence. L’écriture délicate d’Elena Costa installe une atmosphère de mélancolie douce et lumineuse pour dessiner, en creux, le portrait d’une femme éprise de liberté.

 

 

"10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange" Elif Shafak - éd Flammarion

Et si notre esprit fonctionnait encore quelques instants après notre mort biologique ? 10 minutes et 38 secondes exactement. C’est ce qui arrive à Tequila Leila, prostituée brutalement assassinée dans une rue d’Istanbul. Du fond de la benne à ordures dans laquelle on l’a jetée, elle entreprend alors un voyage vertigineux au gré de ses souvenirs, d’Anatolie jusqu’aux quartiers les plus mal famés de la ville. En retraçant le parcours de cette jeune fille de bonne famille dont le destin a basculé, Elif Shafak nous raconte aussi l’histoire de nombre de femmes dans la Turquie d’aujourd’hui. À l’affût des silences pour mieux redonner la parole aux « sans-voix », la romancière excelle une nouvelle fois dans le portrait de ces « indésirables », relégués aux marges de la société.

 

 

 

 

"Croire aux fauves" Nastasja Martin - éd Verticales

" Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l'actuel ; le rêve qui rejoint l'incarné ". C'est un récit unique car cette femme, anthropologue, a croisé l'ours, l'a affronté et s'en est sortie vivante mais à jamais transformée. Elle raconte l'attaque, les soins, sa longue reconstruction, ses allers et retours entre les montagnes du Kamtchatka et Grenoble dont elle est originaire. Elle oscille entre deux cultures, celle qui croit aux fauves et aux forces de la nature et celle qui la considère comme une rescapée. Elle est devenue pour les habitants de ces territoires un être sacré, en occident elle est la victime d'une attaque. Elle va tenter de démêler les liens qui l'attachent à ces deux cultures pour trouver un sens à ce qui lui est arrivé. Un récit passionnant autant que déroutant qui donne un accès intime à cette rencontre avec un autre monde. "Revenir de cela implique une métamorphose physique, intérieure et une métamorphose du regard que l'on porte sur les choses". Exceptionnel.

     

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