"Route 62" Ivy Pochoda - éd Liana Levi

Le récit s’ouvre par une scène inaugurale inoubliable, une apparition quasi-divine, un éblouissement qui saisit les automobilistes bloqués dans les embouteillages matinaux de Los Angeles : un jeune homme blond athlétique et complètement nu, court sur l’autoroute à contre-courant des voitures. Poussé par une force irrépressible, Tony, avocat de la middle class aisée, quitte sa voiture pour le suivre. A partir de cette image, l’auteure nous propose un long flash-back qui suit différents parcours, lesquels finiront tous par croiser la route du coureur nu et de Tony, du côté sombre de la cité des anges, dans le quartier de Skid Row. Il y a Ren, tout juste sorti d’une prison pour mineurs de la côté est et qui débarque à LA pour retrouver sa mère, devenue SDF. Britt, étudiante en fugue se retrouve dans un ranch communautaire en plein désert, dirigé par un couple de gourou qui accueille de jeunes paumés en quête de sens qu’ils soumettent à des séances d’humiliations collectives. Et enfin Blake et Sam, duo meurtrier qui feront tout voler en éclat. Des grands espaces sauvages du désert des Mojaves aux rues crasseuses du centre de Los Angeles, ce roman choral déroule les destins tragiques et singuliers de personnages en rupture. Récit exceptionnel qui prend des allures de grand opéra urbain, tendu et magistralement orchestré. Impossible de lâcher ces personnages qui se révèlent aux cours des chapitres et nous tiennent en haleine jusqu’au bout du récit. Eblouissant.

"Un monde à portée de main" Maylis de Kerangal - éd Verticales

Roman de formation qui raconte l’apprentissage de Paula, jeune parisienne qui part étudier l’art du trompe l’œil à Bruxelles. Paula embarque le lecteur dans la découverte exigeante de cette discipline qui ne consiste pas, comme on pourrait le penser, à copier la matière (marbre, bois, écaille de tortue…) mais présuppose d’être en mesure de savoir incorporer les éléments qui la composent dans la nature, les imaginer, les ressentir, pour les restituer au plus près de leur réalité. Cet art demande de l’endurance, de la curiosité et une remise en cause permanente. Son année d’apprentissage passée, Paula va multiplier les expériences professionnelles, les rénovations de maisons luxueuses, les décors de films, et passer plusieurs mois sur le tournage du film « Habemus Papam » de Nino Moretti à Cinecita. Cet itinéraire, riche en apprentissages multiples, la conduit aux origines de la création artistique : l’art pariétal, quand elle se retrouve engagée sur le chantier de la quatrième réplique de la grotte de Lascaux. Elle va apprendre là les gestes ancestraux avec lesquels les hommes ont dessiné leur univers il y a 18 000 ans. Comme dans « Naissance d’un pont » et « Réparer les vivants » Maylis de Kerangal parle métier, gestes, matériaux et nous éclaire sur le mystère de la création en cherchant à questionner l’art de l’illusion, de la mise en scène qu’elle pratique, avec talent, dans son métier d’écrivain.

"Leurs enfants après eux" Nicolas Mathieu - éd Actes Sud

Anthony a 14 ans, nous sommes en 1994, à Hayange en Moselle. Fils unique, il passe ses vacances avec un cousin un peu plus âgé, qu'il suit partout. Ils traînent au bord du lac, draguent les vacancières des camping, retrouvent les copains du collège et durant cette période de l'année, il semble plus facile de nouer d'autres liens. Les clivages sociaux se réduisent, les corps se dénudent, les adolescents se retrouvent hors les murs et des histoires peuvent parfois exister. Pour Anthony, ce n'est pas facile, timide, peu aguerri aux jeux de la séduction, il fantasme beaucoup sur Steph, une camarade de classe qu'il souhaite approcher mais qui résiste à ses avances. Ce roman se déroule sur quatre étés, jusqu'à la victoire des bleus en 1998, un événement national qui fit vibrer à l'unisson l'espoir d'une France unie, loin des clivages sociaux et raciaux, un rêve éphémère. Comme dans son précédent roman « Aux animaux la guerre », publié dans la collection Actes noirs en 2014, il y a de nombreux personnages. Traités avec beaucoup d'attention et de profondeur, ils s'invitent dans le récit autour du héros principal, et mêlent différents points de vue. Cette construction permet de décrire des situations de vie différentes en fonction des origines sociales, des histoires familiales et de donner une représentation très précise de la vie dans une région sinistrée par la fermeture des hauts fourneaux. Le père d'Antony y travaillait, son père avant lui, ils appartenaient à ces générations ouvrières fières de leur savoir et de leur métier. Déclassé il survit en menant une activité de jardinier, un métier qui le nourrit mais qui ne lui apporte guère de satisfaction et de fierté personnelle. Violent, imprévisible, ses colères sont redoutées de son fils et sa femme Hélène. Avec ce livre Nicolas Mathieu écrit le roman d'une vallée, d'une adolescence, d'une époque avec sa bande son, ses images TV. C'est le récit politique d'une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. C'est la France des villes moyennes, des zones pavillonnaires, des ZAC bétonnées, et de la cambrousse. La France où vit toujours 60% de la population française, des régions éloignées des comptoirs de la mondialisation, en plein déclin, que les jeunes rêvent de quitter et où sévit la petite et la grande délinquance. Un roman noir et pessimiste mais qui dit aussi que s'il est difficile, parfois impossible, d'échapper au déterminisme social et géographique, on a toujours la liberté d'essayer de changer le cours de sa vie. Un récit captivant, tendu et d'une tenue très impressionnante.

"Là où les chiens aboient par la queue" - Estelle-Sarah Bulle - éd Liana Levi

Le titre signifie en créole « un coin perdu ». La famille Ezechiel, est originaire du hameau de Morne-Galant en Guadeloupe. Les descendants de Hilaire (grand-père paternel de l'auteure) vivent en métropole depuis les années 70. Au fil du récit, Estelle-Sarah Bulle, née à Créteil en 1974 nous entraîne dans une histoire largement méconnue, celle de Français des Antilles. La narratrice se fait raconter son pays, qu'elle ne connaît que comme une destination de vacances, par sa tante Antoine, septuagénaire, l'aînée de la fratrie. Extravagante, imprévisible, drôle, fantasque, Antoine a l'étoffe d'un personnage romanesque. Très jeune, elle quitte le village pour Ponte-à-Pître, se lance dans le commerce avec d'autres îles des Caraïbes, se retrouvent mêlées aux affrontements pour l'indépendance de l'île et débarque à Paris, dans un appartement de banlieue loué par son frère mais où elle ne voudra jamais mettre les pieds, se destinant à la capitale et rien d'autre. C'est dans une ancienne boutique du 18ème arrondissement qu'elle loge et que sa nièce la rejoint pour écouter ses récits. Peu de textes contemporains racontent comment cohabitaient dans les territoires d'outre-mer les habitants originaires de la Caraïbe, les descendants des populations françaises du continent, les bretons, les normands de Guadeloupe, les Blancs Matignons, les Béké, les grandes familles de planteurs. Les populations ne se mêlaient pas et les territoires restaient très découpés en zones infranchissables. La narratrice interroge cette tante fantasque qui déroule, au fil des conversations les différents épisodes de sa vie, elle fait revivre, le verbe haut, la métaphore truculente, ce que pouvait être une enfance en Guadeloupe dans les années d'après-guerre, les taudis de Ponte-à-Pître, la splendeur des paysages, la ferveur religieuse mêlée aux croyances païennes, une langue interdite le créole, la persistance de la ségrégation dans une société fortement clivée. L'auteure interroge alternativement ses tantes, Antoine et Lucinde, son père appelé par ses aînées « petit frère ». Les récits se croisent, s'interpellent, se contredisent, dévoilant des expériences différentes de l'enfance, de la vie en métropole, des rêves accomplis ou déçus, dans une narration vive, enlevée, drôle et critique. Un récit extraordinaire qui fige le sourire au coin des lèvres, du début à la fin de l'histoire.

"Chien-loup" Serge Joncour - éd Flammarion

L'idée de passer les vacances coupées du monde angoissait Franck, producteur hyper connecté, à l'affût de nouveau scénario et des potins du milieu. Lise, sa compagne rêvait d'un long séjour au milieu de nulle part, sans réseau et loin des nuisances de la ville. Elle trouve un gîte tout à fait conforme à ses vœux et embarque son compagnon sur un plateau isolé dans le Lot, envahi par la végétation et qui est devenu le refuge d 'une faune inquiétante. Les villageois de la vallée ne mettent plus les pieds sur ce plateau depuis longtemps, de sombres histoires de massacres alimentées par les peurs ancestrales ont fait de ce lieu la montagne maudite. Serge Joncour raconte l'histoire de ce plateau et du village qu'il surplombe, à un siècle de distance  et alterne les chapitres se déroulant en 2017 et 1914. Dès que retentit le tocsin le 2 août 1914, le village se vida de ses hommes valides et du bétail, qui rejoignirent le front. Ce sont alors les femmes et les enfants qui prirent en main la survie de la communauté et composèrent avec l'épuisement des travaux des champs, la peur, l'incertitude de l'issue du conflit et la présence d'un voisin mystérieux : un allemand, dompteur de fauves dans des cirques itinérants, pris dans la tourmente de la mobilisation, et réfugié avec ses huit bêtes, sur le plateau d'Orcières. Le maire du village. La fascination et la terreur que produisit cet homme et ses fauves, alimentent encore, un siècle plus tard, l'imaginaire des villageois. Ce conte envoûtant qui réveille les terreurs enfantines, se nourrit du suspens des légendes. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature, Serge Joncour nous montre que la sauvagerie est toujours prête à surgir au coeur de nos existences civilisées. Un roman haletant, lyrique et totalement prenant. Une fois encore, Serge Joncour signe un récit sensible, une fable surprenante, d'une grande originalité qui nous invite à réfléchir à nos modes de vies et de pensées.

"La vérité sort de la bouche du cheval" Meryem Alaoui - éd Gallimard

Jmiaa, prostituée à Casablanca, raconte ses journées, les rues, les filles avec lesquelles elle travaille, dans un journal où elle consigne avec une grande précision ce qui compose son quotidien. Elle n’est pas une prostituée de luxe, ses clients sont des chauffeurs de camion, des flics pourris, des vendeurs ambulants. Chroniqueuse de la rue, elle brosse des portraits hyperréalistes et drôles de ces hommes, elle n’épargne personne et surtout pas elle-même. Son langage est direct, cru, sans ménagement, sans hypocrisie et sans effet de style, elle ne mâche pas ses mots pour raconter la misère matérielle et psychologique, le pouvoir des proxénètes, la drogue et les violences conjugales qui l’on conduites sur le trottoir. Meryem Alaoui saisit et restitue cette réalité en intégrant à son texte, écrit en français, beaucoup de mots en arabe et des références à la culture marocaine actuelle, musique, chanson, mode vestimentaire, séries TV du moment… tous ces mots sont traduits à la fin du récit et obligent le lecteur à s’impliquer autrement dans la lecture. Dans le seconde partie du roman, l’auteur renoue avec le conte car la vie de Jmiaa prend alors une tournure plus romanesque. Elle est repérée par une jeune cinéaste hollandaise, d’origine marocaine qu’elle surnomme « Bouche de cheval » qui souhaite recueillir des informations sur sa vie de prostituée. Finalement, on lui propose de jouer son propre rôle. Meryem Alaoui fait encore un choix original car elle ne transforme pas cette histoire en conte de fée, Jmiaa conserve le même sens critique pour parler de ce nouveau milieu qu’elle découvre, ironie mordante et remarques croustillantes. Un premier roman, une nouvelle voix à découvrir absolument.

"Forêt obscure" Nicole Krauss - éd de l'Olivier

Le titre de ce nouveau roman est emprunté aux premiers vers de l'Enfer de Dante : « Au milieu de la course de notre vie, je perdis le véritable chemin, et je m'égarai dans une forêt obscure ». La « forêt obscure » évoque l'errance intérieure, le chaos existentiel quand on décide de sortir des sentiers tracés et de se perdre pour se ré-inventer. Epstein, homme d'affaires new-yorkais, abandonne, sans raison apparente, à la fin de sa vie, argent, famille et patrie pour partir errer en Israël. Le puissant et brillant affairiste se déleste pour retourner à cette autre patrie. Jules Epstein veut saisir ce qu'il n'a jamais atteint dans sa vie, un lieu de grâce et d'épure, un envol que sa réussite ne lui a jamais octroyé : la « contrevie » comme la nomme Philipp Roth, celle qu'offre Israël aux Juifs de la diaspora. Nicole, le « je » et double de Nicole Krauss, écrivain renommée qui peine à retrouver l’inspiration et qui étouffe dans son quotidien familial rejoint l’hôtel Hilton de Tel –Aviv où elle a passé ses vacances d’enfance. Ce roman mène un double récit avec la maestria habituelle de Nicole Krauss qui fait avancer sa narration par associations et dérives. Comme on flâne dans une forêt, elle digresse et ne cesse de s'écarter de ce qu'elle semble raconter : la fuite de deux êtres qui ne supportent plus leurs vies new-yorkaises. On retrouve dans ce récit complexe les sujets chers à Nicole Krauss l’impermanence des choses, la convergence d’univers parallèles, l’écriture pour sortir de soi, l’obsession de la fuite, les métamorphoses des êtres.. et ce qu’elle aime en écrivant : tisser des liens entre des mondes étrangers les uns aux autres. Ne soyez donc pas étonné de retrouver Kafka, troisième personnage principal de ce récit. Lecture exigeante et envoûtante.

"A son image" Jérôme Ferrari - éd Actes Sud

Antonia, 35 ans, meurt au détour d’un virage sur la route de l’Ostriconi, près d’Ile Rousse, en Haute Corse. Photographe rêvant de grands reportages de guerre, elle s’était rendue plusieurs fois dans les Balkans en 1991, elle avait aussi couvert les luttes sanglantes entre clans nationalistes sur l’île au milieu des années 80. En 1997, Antonia avait quitté définitivement la rédaction du journal régional qui l’employait pour ouvrir un magasin de photos dans son village natal près d’Ajaccio, tirant un trait définitif sur ses ambitions de grand reporter. C’est son parrain, prêtre sur le continent, qui célèbre l’office funèbre et qui pour faire rempart à sa détresse choisit de s’en tenir aux règles strictes de la liturgie. Mais dans la fournaise de la petite église, déferlent les images reconstituant la trajectoire de la jeune femme. Antonia, née en 1964, incarne une jeunesse corse des années 80, qui entretient le culte des héros nationalistes et s’enflamme pour les luttes intestines qui gangrènent les clans, emportant dans les règlements de compte armés les amis d’enfance. Antonia s’interroge sur ce qui vaut la peine d’être vécu et défendu, sur la légitimité de la violence dans les guerres. Et c’est aussi pour aborder d’autres causes plus « sérieuses » qu’elle part seule en ex-Yougoslavie se frotter à « la vraie guerre ». Elle pense alors que la photographie peut permettre de comprendre le réel saisi sur l’instant, qu’elle est indispensable au témoignage et à l’engagement. Mais après des années de questionnement « elle craint une fois de plus de produire une image mensongère suggérant une profondeur saturée d’un sens qui n’existe pas ». Jérôme Ferrari creuse les thèmes de la foi et de l’action, le sen des représentations, picturales, photographiques, bibliques et l’intégrité de celui qui saisi sur le vif la torture ou la mort dans l’espoir de donner à voir et à réfléchir. Faillite de l’image qui selon lui, donne l’illusion de comprendre l’histoire mais qui n’est peut-être qu’un moyen de satisfaire l’envie personnelle de donner une forme à l’abjecte, en ayant l’illusion de servir une cause. Jérôme Ferrari creuse dans ce qui constitue nos croyances, nous défiant d’en trouver une justification sincère. Etude exigeante des consciences qui établit un dialogue permanent avec le lecteur.

"Il n'en revint que trois" Gudbergur Bergsson. éd Métailé

Une ferme perdue en Islande, à des kilomètres du premier village, entre un champ de lave, des montagnes et des rivages désolés. L’écho de la seconde guerre mondiale ne va pas tarder à atteindre ces terres reculées. Soudain soldats, espions, déserteurs, débarquent mais aussi la radio, les routes, les bordels et les dollars. L’ordre ancien vacille et ne se relèvera pas. Les personnages de Gudbergur Bergsson, auteur très prolifique né en 1932, sont rugueux et âpres comme la terre qui les a vus naître. Il y a ceux qui partent et ceux qui restent ou parfois reviennent.  Faut-il s’arracher à ce morceau de terre ou rien ne pousse ? Ou guetter le renard en ignorant les secousses de l’histoire ? Un texte fort et sec qui décrit le basculement brutal de l’Islande dans sa modernité

 

"La fille qui brûle" Claire Messud - éd Gallimard

Deux amies, Cassie et Julia sont voisines et se connaissent depuis l'enfance. Fille unique l'une et l'autre, elles sont devenues sœurs de coeur, se complétant dans leurs différences, l'une d'une blondeur diaphane, l'autre brune et bouclée, seul trait commun : deux paires d'yeux bleus dont elles sont très fières. On comprend dès les premières lignes que le temps de l'amitié est révolu, deux années ont passé depuis le départ des Burns, la famille de Cassie. Ce très beau roman sur les liens indéfectibles qui se créent parfois durant l'enfance et qui ne devraient jamais changer, raconte ce sentiment fusionnel qui cherche à gommer toutes les différences et qui manque désormais cruellement à Julia, la narratrice. Une analyse très juste de ces territoires où il n'est question que de partage, l'une étant le miroir de l'autre. Arrive l'adolescence, le social et le culturel viennent embarrassés les sentiments inaltérables de l'enfance. Cassie vit seule avec sa mère qui est infirmière à domicile. Les parents de Julia habite une belle demeure, son père est dentiste, sa mère journaliste free-lance. Julia reçoit une éducation ouverte sur le monde, elle sait qu'elle pourra se réalisée et que ses parents l'y aideront. Cassie se détache de Julia en classe de 5ème, elle se lie d'amitié avec une nouvelle élève très délurée et devient une fille « cool ». Julia reste sur la touche et subit avec violence et amertume cet abandon. La vie de Cassie va prendre encore un autre virage avec l'arrivée d'un beau-père qui s'interpose entre elle et sa mère. Les crises se succèdent et Cassie déserte le domicile. Julia observe à distance cet effondrement et la détresse de son ancienne amie sans pouvoir lui apporter son soutien. Les liens ont été rompus. Claire Messus analyse avec subtilité ce drame de l'enfance, la ténacité des liens et la profondeur de la blessure qui demeurent malgré le temps.

 

"A l'aube" Philippe Djian - éd Gallimard

Maître de l'ellipse, de la césure brutale, Djian persiste dans un style à couper au couteau. Phrases brèves, récit factuel, quelques interruptions qui laissent le lecteur en suspens et l'oblige à imaginer ce qui a pu se passer, avant de reprendre le cours du récit quelques jours plus loin, mais finalement on s'en sort et cela fonctionne. Ambiance polar américain, truffé de machos, de bars de nuit et de covergirls. Tableau parfait avec flics peu regardants, règlements de compte vite expédiés. La beauté de ce court roman émerge au fil des pages et tient à la rencontre imprévue d'une sœur et d'un frère, après le décès de leurs parents. Activistes libertaires, plus concernés par leurs luttes que par leur famille, ils avaient laissé partir sans la retenir leur fille aînée. Elle revient dans la maison de son enfance s'occuper de son jeune frère qui souffre de troubles psychiques. Alors que ce dernier devait être un fardeau pour elle, après quelques ajustements, il va se révéler être une source d'émerveillement et lui permettre un ancrage qu'elle n'avait pas connu. Cette rencontre progressive, narrée avec délicatesse et humour laisse une émotion grandissante s'emparer du récit. Le lecteur pourrait espérer respirer, quitter la tension permanente produite par la violence sous-jacente des personnages qui les entourent, le répit sera bref, l'impitoyable noirceur de Djian reprendra le dessus.

 

Prochainement

 Prochaines rencontres

Dimanche 2 décembre 

aleexandradavidneel

Présentation d'un très beau livre consacré à Alexandra David-Neel. Photos et lettres inédites. Jeanne Mascolo de Fillipis est cinéaste documentariste et voyage, depuis des années, sur les traces d'A. David-Neel. Rencontre avec l'auteure entre 15h et 18h.

Jeudi 13 décembre

laouleschiensaboientparlaqueue

"Là où les chiens aboient par la queue" est notre coup de coeur de la rentrée littéraire. Nous sommes très heureux d'accueillir Estelle-Sarah Bulle pour ce premier roman. Une histoire de famille, entre Pointe-à-Pitre et Paris, racontée avec humour et tendresse. A partir de 20h.

 

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