"Nos héritages" Anna Hope - éd Gallimard

Riche, playboy, volage et père absent, le patriarche Philip Brooke est mort et sa famille est réunie pour son enterrement. 
S'il n'est pas vraiment regretté ni par sa femme Grace, ni par ses trois enfants Frannie, Milo et Isa, il laisse une immense fortune et un vaste domaine. 
Se pose alors la question de l'héritage, de nos héritages : à la fois financier, mobilier mais aussi historique, transgénérationnel et futuriste : quel avenir veut-on léguer aux générations à venir ? 
A la fois haletant et palpitant, ce roman choral explore avec finesse chaque personnage, les liens et les secrets qui les unissent. 
Anna Hope traite ainsi avec profondeur, délicatesse et intelligence les thèmes qui lui sont chers, la nature, la transmission et le pardon quand on peut exposer le passé au grand jour pour assainir l'avenir. Et faire de cette terre financée par le commerce des esclaves une terre de biodiversité en rendant à la nature ce qui lui appartient. Un roman riche, habilement construit jusqu'au coup de théâtre final.

 

"Hors champ" Marie-Hélène Lafon - éd Buchet Chastel

Marie-Hélène Lafon continue à donner forme et vie à un monde qui s'efface, celui des petites exploitations agricoles de moyenne montagne. Une voix unique dans le panorama littéraire qui parle avec justesse et tendresse de ceux qui habitent ces territoires, qui sont contraints par leur appartenance géographique, leur métier, la transmission familiale à demeurer en des lieux qui parfois deviennent le théâtre de drames. Marie-Hélène Lafon a depuis longtemps trouvé le ton, les mots pour donner voix à celles et ceux qui sont restés et nous aimons qu'elle nous parle d'eux avec autant d'intensité à chacun de ses livres.

Gilles est le fils, celui qui devra tenir la ferme. Claire, la soeur qui n'est pas concernée par cette décision, prend la tangente au fil des années grâce aux études. La ferme est isolée, c'est le royaume du père qui donne libre cours à sa violence. "Hors champ" traverse cinquante années. Dix tableaux, dix morceaux de temps, détachés, choisis ; le lecteur y pénètre tantôt avec elle, Claire, tantôt avec lui, Gilles. L'auteure fait alterner ces points de vue, toujours à la troisième personne, en flux de conscience.

 

"Je suis Romane Monnier" Delphine de Vigan - éd Gallimard

Spectatrice vigilante de notre présent, Delphine de Vignan s'attache à observer ce que l'époque fait de nous, de notre intimité et de nos vulnérabilités. Thomas un quinquagénaire un peu paumé, Romane une jeune femme de 28 ans, ils se croisent dans un bar sans se rencontrer,  elle dépose intentionnellement ou pas ( la question restera ouverte tout au long du récit) son téléphone entre les mains de Thomas, le laissant libre de naviguer à sa guise sur ses traces numériques. Ce roman interroge notre époque, nos choix de vie, de relations et soulève  la question des traces que nous laissons de nous même à l'ère du numérique quand notre téléphone portable est devenu notre plus fidèle confident. C'est au fil de ses navigations que Thomas va découvrir entre journal intime, enregistrements audio, correspondances et goûts pour certains sites et podcast qui est Romane. Mais pourquoi l'a t'elle choisi pour porter ou conserver sa mémoire alors qu'elle a décidé de se soustraire aux réseaux et à une partie non négligeable de notre monde ?

"L'anniversaire" Andrea Bajani - éd Gallimard

Livre phénomène de la rentrée étrangère de janvier 2026, "L'anniversaire" a été couronné par les plus prestigieux prix littéraires italiens, Prix Strega et Strega Giovani, équivalents au Goncourt et Goncourt des lycéens. Ce qui domine dans ce récit âpre qui tente de disséquer les ressorts du despotisme paternel c'est la précision extrême dans le choix des mots qui semblent scrutés et soupesés avant d'être déposés sur le papier. Comme si la menace perdurait ou comme si la précision était l'arme principale pour atteindre la vérité de ce qui fut vécu au sein de cette famille. Le récit nous cueille 10 ans après la rupture et c'est de cet anniversaire dont il s'agit. A quarante ans, le fils n'est plus retourné rendre visite à ses parents, il a changé de numéro de téléphone et a quitté définitivement sa famille. Le livre raconte les dix années qui séparent la séparation de l'anniversaire, ces années passés à réfléchir sur les ressorts de cette emprise, cette tyrannie mortifaire qui a anéanti ce noyau familial. Un récit bouleversant et d'une dimension universelle qui interroge l'opacité de l'humain.

 

"Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux" Judith Godrèche - éd du seuil

Le titre fait référence à une affiche collée au mur de la salle d'attente à la Brigade des mineurs. Aucun adulte ne remet en ordre les vies saccagés des enfants abusés, c'est à eux seuls de porter tout le poids de l'inconséquence des adultes et de supporter la honte et la responsabilité dont ces adultes juridiquemenent responsables se sont délestées sur eux. Un livre sans filtre, composé de textes, de photos, de lettres et animé d'une parole libre. Judith Godrèche nous confie les fragments d'une vie hantée par les réminiscences d'une emprise qui lui déroba son enfance et bien au délà. Ce livre, comme d'autres avant lui, nous aide à saisir les ravages de ce qui apparait être un continuum dans notre société et que nous peinons à nommer et à reconnaître comme un fléau national, la pédophilie. Chaque témoignage compte et augmente la portée des autres. Ce sont des actes d'un courage extrême qui nous obligent.

"Lundi, c'est loin" Oisin McKenna - éd de l'olivier

Le temps d'un week-end, à Londres, nous suivons la trajectoire d'une galaxie de personnages  pris entre désarroi et désillusion dans un mélange de joie, de drames, d'hésitations, de souvenirs et de regrets.  Oisin Mc Kenna livre un kaléïdoscope de la vie londonienne  qui se nourrit de l'énergie folle  de ces personnages fauchés et un peu à la marge,  Ed, Maggie, Phil, Keith et leurs parents respectifs. Dans ce roman choral, Oisin Mc Kenna réalise un état des lieux des sentiments amoureux toute génération confondue, dans un Londres asphyxiée par une chaleur écrasante. Il analyse avec justesse les problèmes de communication, les non-dits entre ami.e.s, entre amants ou au sein de la famille et leurs conséquences . 

Il parle également de responsabilités, de choix, de passage à l'âge adulte, de politique et de Londres et de l'Irlande. 
Les personnages sont tendres, simples, complexes mais surtout attachants, tout comme ce premier roman. 

"Les éléments" John Boyne - éd JC Lattès

Quatre éléments, l'Eau, la Terre, le Feu, l'Air, pour lier entre elles les histoires de quatre personnes brisées par les abus sexuelles.

Au travers des destins enchevêtrés de Vanessa, Evan, Freya et Aaron, l'abus est disséqué sous toutes ses formes et par tous les prismes. Ceux qui commettent, ceux qui taisent, souffrent, permettent, soignent.

Un roman bouleversant composé de quatre grandes parties qui passent toutes les émotions au scalpel, honte, espoir, humiliation, plaisir, angoisse dans un style infiniment sobre et précis qui parvient à tenir en haleine tout au long des six cent pages qu'on voudrait lire d'une traite.

 

 

 

"Le monde est fatigué" Joseph Incardona - éd Finitude

Êve est une sirène professionnelle qui nage dans les plus grands aquariums du monde. Mais personne n’imagine la femme brisée, fracassée, que cache sa queue en silicone. Quelqu’un lui a fait du mal, tellement de mal, et il faudra un jour rééquilibrer les comptes.

En attendant, de Genève à Tokyo, de Brisbane à Dubaï, elle sillonne la planète, icône glamour et artificielle d’un monde fatigué par le trop-plein des désirs.

À travers un destin singulier, Joseph Incardona revisite le mythe de la sirène et nous donne à voir une humanité en passe de perdre son âme.

 

  

"E. E." Olga Tokarczuk - éd Noir sur Blanc

Le nouveau et court roman de l’écrivaine polonaise Olga Tokarczuk (Prix Nobel de Littréature en 2018) E. E., initiales de la protagoniste et jeune médium Erna Elzner, se situe dans la lignée du précédent roman de l'autrice "Le banquet des Empouses"  qui se voulait une parodie de "La montagne magique"  de Thomas Mann.  On retrouve dans "E. E." l’idée-force qui traverse toute la fiction de Tokarczuk : soumettre les domaines spirituels ou intellectuels dominés par les hommes au regard des femmes ; de même y figure le brouillage des frontières entre le monde des esprits et celui des vivants, entre l’occulte et le rationnel, sans que l’autrice donne jamais l’impression de se prononcer pour l’un ou pour l’autre. Sourire en coin, elle peint une société bourgeoise au kitsch assumé du début du XXème siècle, dans la ville silésienne de Breslau, alors allemande, actuellement Wroclaw, en Pologne. Olga Tokarczuk a le souci de faire redécouvrir et revivre la diversité ethnique d’une Pologne qui n’a pas toujours été peuplée que de Polonais. Dans E. E., la plupart des personnages sont allemands ou juifs, et les relations intimes et sociales qu’ils entretiennent sont décrites dans un style qui rappelle un réalisme subtil et désillusionné. Tout prête à sourire dans ce roman qui tourne à la farce et renvoie ce cercle d'adultes prétentieux à leurs postures ridicules. 

"La collision" Paul Gasnier - éd Gallimard

En 2012, en plein centre-ville de Lyon, une femme décède brutalement, percutée par un jeune garçon en moto cross qui fait du rodéo urbain à 80km/h. Dix ans plus tard, son fils, qui n'a cessé d'être hanté par le drame, est devenu journaliste. Il observe la façon dont ce genre de catastrophe est utilisé quotidiennement pour fracturer la société et dresser une partie de l'opinion contre l'autre. Il décide de se replonger dans la complexité de cet accident, et de se lancer sur les traces du motard pour comprendre d'où il vient, quel a été son parcours et comment un tel événement a été rendu possible. En décortiquant ce drame familial, Paul Gasnier révèle deux destins qui s'écrivent en parallèle, dans la même ville, et qui s'ignorent jusqu'au jour où ils entrent violemment en collision. C'est aussi l'histoire de deux familles qui racontent chacune l'évolution du pays. Un récit en forme d'enquête littéraire qui explore la force de nos convictions quand le réel les met à mal, et les manquements collectifs qui créent l'irrémédiable.

"Le livre de Kells" Sorj Chalandon - éd Grasset

Quand Sorj Chalandon fuit la maison familiale, il a 17 ans. Il va renaître sous le nom de Kells.

Kells voyage en Inde, se retrouve à la rue à Paris dans les années 70, connaît la faim, la mendicité. Gamin perdu sauvé par le militantisme politique, la découverte du cinéma et l'Université de Vincennes.

Un roman d'apprentissage qui raconte une époque et une traversée des ténèbres d'une puissance rare.

   

Prochainement

Samedi 13 décembre, entre 15h et 18h :

Double séance de dédicaces avec Louison et Vincent Brunner.  

Porculus

54 ans après sa première parution, Louison adapte avec brio et fidélité les aventures du petit goret d'Arnold Lobel en bande dessinée. Absolument irrésistible et plus encore avec une dédicace dessinée de Louison.

chansonsrebelles

12 morceaux qui ont changé leur époque, issus de tous les genres musicaux et devenus des emblèmes contestataires. "Strange Fruit", "Bella Ciao", "Balance ton quoi", "Blowing in the wind,", "Le chant des partisans"... leur histoire en BD. Un chouette cadeau de Noël dédicacé.

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