"Strange" Geneviève Damas - éd Grasset

Il y a des choses que l’on écrit parce qu’on n’a pas pu les dire. Nora envoie une longue lettre à son père, qui vit dans une autre ville. Cette ville, elle l’a quittée pour apprendre le chant à Bruxelles. Mais aussi pour autre chose. «  Ma vie n’est pas exactement comme je te l’ai racontée.  »
L’enfant que connaît ce père était un «  il  ». Il se prénommait Raphaël. Tout ce que le père ignore, le voici, depuis l’enfance, la mort de la mère. Les déguisements que portait le petit garçon. Les princesses qu’il dessinait. Les brutalités subies dans la cour du collège. Les mensonges. La douleur. Et puis, un jour, une lumière  : le chant. Et le départ. Et ce que Nora est devenue, sa nouvelle vie. 
Loin d’être une lettre d’amertume, de vengeance ou de règlement de comptes, la lettre de Nora est une lettre d’amour. Lettre d’amour à un père, dans l’espoir qu’il comprendra. Lettre pour s’aimer soi-même, aussi, enfin.

"Stupeur" Zeruya Shalev - éd Gallimard

Prix Médicis étranger en 2014 pour "Ce qui reste de nos vies", elle nous offre aujourd’hui, à travers la rencontre de deux femmes et de trois générations, le grand roman de la douleur, de l’amour et de la guerre tel que le vit intimement chaque famille israélienne.

Au chevet de son père mourant, Atara recueille les propos confus de cet homme qui l'a élevée avec sévérité. Il l'appelle Rachel, du nom de sa mystérieuse première épouse, s'adresse à elle par une vibrante déclaration d'amour. Troublée, Atara retrouve sa trace et réveille chez cette femme âgée un douloureux passé dans la lutte armée clandestine. Rachel n'a rien oublié de ces années de résistance contre les Anglais, avant la fondation de l'État d'Israël, et surtout pas le prénom de celle qui aujourd'hui se présente à elle. Mais de qui Atara porte-t-elle le nom ? La rencontre de ces deux femmes bouleversera de façon inattendue leur existence et liera à jamais leur destin. En sondant magistralement l'âme humaine, Zeruya Shalev montre comment l'histoire collective d'une société fracturée bouscule les liens privés. De sa plume délicate et précise, elle interroge la parentalité, le couple, mais aussi la culpabilité et les silences qui régissent nos vies.

 

"La mémoire délavée" Nathacha Appanah - éd Mercure de France

Ce poignant récit s'ouvre sur un vol d'étourneaux dont le murmure dans une langue secrète fait écho à toutes les migrations et surtout à celle d'aïeux, partis d'un village d'Inde en 1872 pour rejoindre l'île Maurice. C'est alors le début d'une grande traversée de la mémoire, qui fait apparaître autant l'histoire collective des engagés indiens que l'histoire intime de la famille de Nathacha Appanah. Ces coolies venaient remplacer les esclaves noirs et étaient affublés d'un numéro en arrivant à Port-Louis, premier signe d'une terrible déshumanisation dont l'autrice décrit avec précision chaque détail. Mais le centre du livre est un magnifique hommage à son grand-père, dont la beauté et le courage éclairent ces pages, lui qui travaillait comme son propre père dans les champs de canne, respectant les traditions hindoues mais se sentant avant tout mauricien. La grande délicatesse de Nathacha Appanah réside dans sa manière à la fois directe et pudique de raconter ses ancêtres mais aussi ses parents et sa propre enfance comme si la mémoire se délavait de génération en génération et que la responsabilité de l'écrivain était de la sauver, de la protéger. Elle signe ici l'un de ses plus beaux livres, essentiel.

"Le plus court chemin" Antoine Wauters - éd Verdier

Qu’est-ce qui amène un jour à l’écriture ? Et qu’est-ce qui nous y attache, par la suite ? Dans Le plus court chemin – cinquième roman d’Antoine Wauters paru aux éditions Verdier –  se dessine l’itinéraire d’écriture et de rupture de celui qui écrit depuis la campagne wallonne depuis presque dix ans déjà. Sorte de vagabondage autant que quête originelle, ce plus court chemin se présente comme une véritable réflexion sur ce qui nous attache encore à l’acte d’écrire. Le plus court chemin est un hommage aux proches et la tentative de revisiter avec les mots ce vaste monde d'avant les mots : les êtres, les lieux, les sentiments et les sensations propres à cette époque sur le point de disparaître, les années d'avant la cassure, d'avant l'accélération générale qui suivront la chute du mur de Berlin. Raconter l'existence dans les paysages infinis de la campagne wallonne, dire l'amour et le manque, poursuivre un dialogue avec tout ce qui a cessé d'être visible. Par-delà la nostalgie.

Pour Antoine Wauters, «le plus court chemin» vers lui-même passe par le pays wallon où il a grandi. Après les dystopies de ses premiers livres, marqués par la guerre, la catastrophe... "Pense aux pierres sous tes pas" (Verdier, 2018), "Mahmoud ou la montée des eaux", en 2021 et les récits «de résistance et d’espoir» du Musée des contradictions (Editions du sous-sol, 2022, Prix Goncourt de la nouvelle, réédité en folio), Le plus court chemin marque un temps d’arrêt. C’est un livre intime, une remontée à la source: «Ne pas arrêter de faire signe à celui que j’ai été, tenter de le revoir et de revoir mon frère, tout cela porte un nom: écrire.»

"Les naufragés du Wager" David Grann - éd du Sous Sol

En 1740, le vaisseau de ligne de Sa Majesté le HMS Wager, deux cent cinquante officiers et hommes d’équipage à son bord, est envoyé au sein d’une escouade sous le commandement du commodore Anson en mission secrète pour piller les cargaisons d’un galion de l’Empire espagnol. Après avoir franchi le cap Horn, le Wager fait naufrage.
Une poignée de malheureux survit sur une île désolée au large de la Patagonie. Le chaos et les morts s’empilant, et face à la quasi-absence de ressources vitales, aux conditions hostiles, certains se résolvent au cannibalisme, des mutineries éclatent, le capitaine commet un meurtre devant témoins. Trois groupes s’affrontent quant à la stratégie à adopter pour s’en échapper. Alors que tout le monde croyait que l’intégralité de l’équipage du Wager avait disparu, un premier groupe de vingt-neuf survivants réapparaît au Brésil deux cent quatre-vingt-trois jours après la catastrophe maritime. Puis ce sont trois rescapés de plus qui atteignent le Brésil trois mois et demi plus tard. Mais une fois rentrés en terres anglicanes, commence alors une autre guerre, des récits cette fois, afin de sauver son honneur et sa vie face à l’Amirauté et au grand public.

Reconstitution captivante d’un monde disparu, "Les Naufragés du Wager" de David Grann est un formidable roman d’aventures et une réflexion saisissante sur le sens des récits. Un grand livre par l’un des maîtres de la littérature du réel.

"La foudre" Pierric Bailly - éd POL

Berger dans le Haut-Jura, Julien, trentenaire, que tout le monde appelle John comme son grand-père, est en couple avec Héloïse. Il passe cinq mois par an dans les alpages. Lorsqu'il apprend en lisant le journal qu'Alexandre Perrin, un ami de lycée, vétérinaire et militant écologiste, a tué son voisin, un chasseur de 20 ans, il quitte son refuge et reprend contact avec Nadia, l'épouse d'Alexandre et ancienne camarade. Une complicité amoureuse s'installe entre Julien et Nadia. Julien et Alexandre se sont connus au lycée, Alexandre était alors une sorte de modèle pour Julien qui admirait son charisme, son aisance sociale, fasciné par ce compagnon, il avait l'impression qu'il lui avait emprunté son rire. La relation évoluant, il avait gardé des souvenirs contradictoires de cette rencontre. Aussi quand il apprend l'arrestation de son ami, il découvre aussi ce qu'il est devenu, vétérinaire, militant écologiste... il réinterroge ses souvenirs et ne résiste pas à l'attraction de revenir vers ce passé et sans le vouloir consciemment s'inviter dans la vie d'Alexandre en prenant une part dans sa vie amoureuse et affective, en se rapprochant de Nadia son épouse. Ce triangle amoureux n'est pas sans danger et Julien va bien évidemment être aux prises avec ses sentiments, sa culpabilité et un vieux rêve inavoué de vengeance.

"A pied d'oeuvre" Franck Courtès - éd. Gallimard

Franck Courtès a été pendant plus de vingt ans photographe pour de prestigieuses agences. Il a parcouru le monde, rencontré des stars, des politiques et a très bien vécu de son art. Mais un jour, à l'approche de la cinquantaine, l'enthousiasme n'est plus là, le dégoût le gagne et il arrête abruptement son métier, souhaitant se consacrer à plein temps à l'écriture. Malgré quelques prix littéraires et une reconnaissance publique, ses revenus ne lui permettent pas de subvenir à ses besoins vitaux, malgré des restrictions drastiques de son train de vie. Il décide de s'inscrire sur des plate-formes de recrutement en ligne pour des emplois à la journée, manoeuvre, dépanneur en tout genre...  Il découvre la dureté de ces emplois, le mépris des particuliers qui l'embauchent à des prix défiants toute concurrence pour vider un grenier, débarrasser des encombrants... Il découvre la précarité trop souvent méconnue du métier d'écrivain et toute la servitude produite par les emplois issus des plate-formes de services censées mettre en relation utilisateur et abonnés au mépris des conditions de travail des individus recrutés . Voici l'histoire vraie d'un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l'écriture, et découvre la pauvreté. Récit radical où se mêlent lucidité et autodérision, "À pied d'oeuvr"e est le livre d'un homme prêt à payer sa liberté au prix fort. 

"Proust roman familial" Laure Murat - éd Robert Laffont

Toute son adolescence, Laure Murat a entendu parlé des personnages d' "À la recherche du temps perdu", persuadée qu'ils étaient des cousins qu'elle n'avait pas encore rencontrés. À la maison, les répliques de Charlus, les vacheries de la duchesse de Guermantes se confondaient avec les bons mots entendus à table, sans solution de continuité entre fiction et réalité. Car le monde où elle a grandi était encore celui de Proust, qui avait connu ses arrière-grands-parents, dont les noms figurent dans son roman.
Vers l'âge de vingt ans, Laure Murat lit la Recherche. Et là, sa vie change. Proust l'aide à comprendre ce qu'elle traverse,  il lui montre à quel point l'aristocratie est un univers de formes vides. Avant même sa rupture avec sa propre famille, il lui offre une méditation sur l'exil intérieur vécu par celles et ceux qui s'écartent des normes sociales et sexuelles.
"Proust ne m'a pas seulement décillée sur mon milieu d'origine. Il m'a constituée comme sujet, lectrice active de ma propre vie, en me révélant le pouvoir d'émancipation de la littérature, qui est aussi un pouvoir de consolation et de réconciliation avec le Temps."

"Jules et Joe" Alexis Salatko - éd Denoël

Portrait croisé du réalisateur Jules Dassin et de son fils Joe Dassin, disparu au sommet de sa gloire, à 41 ans. Deux conceptions différentes du métier d'artiste. Une relation père fils hors du commun qui nous plonge dans les coulisses des tournages de Jules et des concerts de Joe. Trajectoire fascinante des Dassin père et fils, grand cinéaste américain descendant de Samuel Dassin juif d'Odessa qui tenta sa chance en Amérique. Jules retraversa l'atlantique et s'installa en Europe avec sa famille pour fuir le maccarthysme. Un hommage au cinéma et au showbisness. Un hommage bouleversant d'un père à son fils qui évoquerait tous les 20 août de sa vie trop brève.  

 

"La contrée obscure" David Vann - éd Gallmeister

Le 3 juin 1539, le conquistador espagnol Hernando de Soto enfonce son épée dans le sol de La Florida et se proclame gouverneur officiel, adoubé par le roi Charles Quint. Au terme d’un périlleux voyage, après avoir bravé la fougue de la mer et la rage de ses ennemis, le voilà enfin face à son destin. À lui les richesses, à lui la gloire, il bâtira là une nouvelle cité qui portera son nom. Aveuglé par l’ambition, obsédé par l’or, de Soto déferle sur les terres avec ses conquistadors. Mais ces nouvelles contrées se révèlent hostiles, peuplées de Cherokees qui se battent farouchement. Face à l’avidité des espagnols, leur résistance se nourrit des mystères de la création et de mythes. Comme celui de l’Enfant Sauvage qui renaît chaque jour, et avec lui, la soif salvatrice de sang.
Explorant l’héritage de ses ancêtres cherokees, David Vann signe une œuvre virtuose sur le choc sanglant des cultures, mêlant avec intensité l’intime à l’universel.

"Et moi, je me contenterais de t'aimer" Rosella Posterino - éd Albin Michel

Après la "Goûteuse d'Hitler", Rosella Postorino nous offre un roman sur le déracinement et l'amour maternel. Un récit à la fois intimiste et bouleversant centré sur trois enfants parmi tant d'autres de la guerre des Balkans. Trois enfants qui se poseront une seule et même question : "Où est notre mère ?". Sarajevo, printemps 1992. Omar a dix ans et passe ses journées à la fenêtre en espérant que sa mère revienne. Seule Nada, avec ses beaux yeux bleus, parvient à l'apaiser en lui tenant la main. Elle a un frère, Ivo, assez âgé pour être mobilisé.  Pour les éloigner de la guerre, un matin de juillet, un bus humanitaire les emmène en Italie. Si la mère d'Omar est toujours vivante, comment fera-t-elle pour le retrouver ? Et si Ivo mourait au combat ? Sur la route de l'exil, Nada rencontre Danilo, qui lui fait une promesse. Arrivés en terre étrangère, entre instituts et familles d'accueil, chacun, sans le savoir, rompt un peu plus le lien avec sa naissance en ouvrant une nouvelle page. Car le prix à payer pour la paix retrouvée est la perte irréversible de l'amour originel. Sauf à se jurer fidélité en tissant un lien qui sera leur salut. Avec une intelligence remarquable et un souffle romanesque puissant, Rosella Postorino signe un roman à la fois épique et intime, inspirée de témoignages d'enfants qui ont vécu l'exil. Une histoire d'amour et de guerre, une magnifique évocation de l'innocence et de la perte.

Prochainement

Mercredi 28 février 

manouchian

Missak et Mélinée Manouchian, deux étrangers, arméniens et communistes, entrent au Panthéon le 21 février 2024. La valeur symbolique de cet événement est majeure. Deux orphelins du génocide des Arméniens devenus héros de la Résistance française. Denis Peschanski, historien et co-auteur du livre retracera avec vous ce parcours documentaire nourri d’archives dont de nombreux inédits.

Lieu : 19h, Bibliothèque Benoîte Groult. Réservation conseillée

Mardi 12 mars 

Droits des femmes. Où en sommes-nous ?

tortureblanche

Une table ronde pour débattre et échanger avec Sophia Aram, Laure Daussy et Iris Farkhondeh. "Femmes, Vie, Liberté" sera l’étendard de cette soirée consacrée aux femmes et à leurs droits dans le monde. "Torture blanche" de Narges Mohammadi, prix nobel de la paix 2023, parait le 6 mars.

Lieu : 19h, Bibliothèque Benoîte Groult. Réservation conseillée

Jeudi 25 avril 

 leconvoi

Rencontre avec Beata Umubyeyi Mairesse

Le 18 juin 1994, quelques semaines avant la fin du génocide des Tutsi au Rwanda, Beata Umubyeyi Mairesse, alors adolescente, a eu la vie sauve grâce à un convoi humanitaire suisse.Treize ans après, elle entre en contact avec l'équipe de la BBC qui a filmé et photographié ce convoi. Commence alors une enquête acharnée (entre le Rwanda, le Royaume-Uni, la Suisse, la France, l'Italie et l'Afrique du Sud) pour recomposer les événements auprès des témoins encore vivants : rescapés, humanitaires, journalistes. Nourri de réflexions sur l'acte de témoigner et la valeur des traces, "Le convoi" offre une contribution essentielle à la réappropriation et à la transmission de cette mémoire collective.

Lieu : 19h, Bibliothèque Benoîte Groult. Réservation conseillée

 

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