"Combien sommes-nous ? Combien d'enfances bousillées ? De corps meurtris ? De coeurs en loques ? Et combien serons-nous - combien de millions, de milliards - à défiler lors de la procession des abusés que j'organiserai ce soir encore dans mes cauchemars ?" Petit, il n'a pas raconté ce qui lui était arrivé. Petit, on n'a pas les mots, et on lui avait imposé de se taire. Alors il s'est tu. Et il a enfoui ses souvenirs, sans savoir que, même profondément ensevelis, ils continueraient à le hanter de mille façons. Si bien que c'est toute son enfance, son adolescence, sa jeunesse et sa vie d'adulte qui se sont écrites à l'ombre de ce qu'il avait subi. Construit comme une tragédie en cinq actes, Derrière les arbres est l'histoire d'un long retentissement, celui que les viols ont eu sur la vie d'un homme. Jusqu'à ce que, peu à peu, la mémoire lui revienne et avec elle la possibilité de comprendre puis, enfin, de raconter. Dans une langue d'une justesse et d'une puissance remarquables, Frédéric Pommier retrace la quarantaine d'années qu'il lui a fallu pour sortir de la nuit. Avec la minutie que la recherche de la vérité impose, il éclaire en chemin le destin de toutes les enfances "bousillées".
Quelle folie habite Ayann, écrivain français partageant sa vie entre l'Égypte et Paris, pour qu'il décide d'assassiner l'homme le plus riche du monde ? Elon Musk.
Tout commence une nuit de mai 2026, aux portes du désert, lorsque, observant le ciel, le vieil homme découvre à quel point celui-ci est défiguré par les satellites Starlink : ils effacent et remplacent les étoiles, sans lesquelles nous ne mesurons pas qui nous sommes. Et bientôt, Musk rendra la terre invivable à force de pollutions.
Dans un récit écrit à la veille de l'attentat, Ayann explique les raisons de son acte, et comment il l'a préparé. Vingt-quatre ans plus tard, alors que le monde a basculé, son petit-fils retrouve ce témoignage...
Hanté par l'idée de la fin de l'humanité, "Le ciel a disparu", roman au souffle poétique et politique puissant, est aussi un hymne à l'empathie, à l'amour et à la beauté du monde, tout ce que Musk, dans son entreprise démente, menace de balayer.
Contes de l'indigène et du voyageur, volet 2. Entre exil choisi et exil forcé, l'enfer n'est pas dans l'au-delà, l'enfer ce n'est pas les autres. L'enfer c'est notre propre réalité, c'est surtout nous-même. La douleur extrême de vivre vient qu'on ne peut y échapper et qu'en acceptant de vivre dans le monde tel qu'il est "nous lui donnons, à chaque battement de notre cœur las, notre assentiment". Notre bonne ou mauvaise conscience n'empêche pas une descente progressive dans un monde corrompu où la domination économique nous fait participer à un système d'exploitation pour lequel "nous devons répondre de l'état de ce monde, même si nous ne l'avons pas choisi". Dans une langue magnifiquement dense, précise, lyrique mais non dépourvue d'humour, l'auteur fait le constat que le véritable enfer réside dans l'impossibilité d'une véritable rencontre humaine à travers un mur invisible, construit sur la domination économique et sociale, impossible à franchir, chacun restant prisonnier de sa propre condition.
Par la mise en parallèle de deux histoires, celle du narrateur, professeur de philosophie expatrié, qui vit avec sa famille sa vie d'expat dans un confort luxueux, et l'autre celle d'une femme immigrée, Kasheeva, Sri Lankaise, poussée par la misère à s'enfuir et à vivre exploitée que ça soit par sa famille ou ses patrons successifs, Jérôme Ferrari nous livre une réflexion philosophique, sociologique voir anthropologique, sur la condition humaine et notre sentiment de culpabilité.
C'est l'histoire d'une enfance heureuse, celle de Clément.
C'est le portrait de sa famille, aimante et cultivée, entre un père professeur de lettres et une mère éditrice, où tout semble aller pour le mieux.
C'est la chronique vivante et colorée de ses amitiés, de ses amours, de ses désirs et de ses rêves. C'est la France des années quatre-vingt.
Mais c'est aussi le récit d'un "crime ordinaire" l'inceste subit par un petit garçon de 7 ans et qui se poursuivra jusqu'à ses 14 ans, à la mort de son père. Il dénonce le silence, l'omerta des non-dits et les mécanismes d'effacement, notamment ceux de sa mère.
Ce récit lumineux questionne la difficulté à se construire "*comment réussir à vivre ou pas avec* ", comment réussir à "*vivre en existant* " ? Il cherche à comprendre quels sont les systèmes en jeu et comment se joue la survie intérieure. Grâce au langage, par les mots, par des échanges épistolaires et pour ne pas "*mourir en colère*" il nous explique comment il est arrivé à faire la paix, à donner du sens à tout ce qui lui est arrivé, à "*consentir à exister*" et espérer, enfin, qu'un futur pourra se dessiner.
C'est un texte imminemment important car il dénonce sans détours les ravages, le séisme d'un "*inceste ordinaire*" à l'échelle de toute une vie. "Clément" s’inscrit dans le sillage des écrits contemporains, qui auscultent les mécanismes de l’inceste, sa déflagration et ses ravages. Romain Lemire fait entendre un témoignage précieux, peu d’hommes s’étant exprimés jusqu’ici sur ce sujet.
Au fil du texte, la chanson Enta Omri d’Oum Kalsoum devient fil d’Ariane : une musique-mémoire pour dire l’exil, la langue, la transmission, la traduction – et ce « douanier » imaginaire qui laisse passer les mots mais retient la culture. Avec une justesse éblouissante, Agnès Desarthe signe un récit la fois intime et ample où la musique ouvre les portes du passé et éclaire la complexité d’une appartenance.
"Tu es ma vie, chante la femme à l’épaisse chevelure noire maintenue en un chignon gonflé. Elle a un mouchoir à la main, comme ma grand-mère, des lunettes fumées, comme ma grand-mère, elle parle arabe, comme ma grand-mère."
1956, Besançon : un jeune homme venu d’Algérie découvre la France.
6 octobre 1973, Paris, jour de Kippour : une enfant comprend confusément qu’une guerre vient d’éclater.
Un soir d'été, sous une pluie battante, Hai se retrouve sur un pont, prêt à sauter. Il faut dire que grandir dans un coin aussi perdu qu'East Gladness peut ôter tout espoir, même à dix-neuf ans. Mais le destin en décide autrement quand Grazina, vieille veuve logeant près de la rive, repère sa silhouette à temps et l'interpelle - c'est ainsi qu'elle sauve Hai, et lui ouvre la porte de sa maison délabrée. Un tandem incongru et joyeux se forme alors entre ce jeune homme d'origine vietnamienne, accro aux opioïdes et mythomane, et cette ancienne réfugiée lituanienne qui n'a plus toute sa tête. Quand ils n'arrivent plus à joindre les deux bouts, Hai décroche un poste dans un fast-food du coin où une bande de marginaux l'accueille chaleureusement. Mais alors qu'il reprend doucement goût à la vie, la santé de Grazina se dégrade sérieusement. Parviendra-t-il pour une fois à ne pas fuir la réalité ? Après l'immense succès d'"Un bref instant de splendeur", Ocean Vuong nous époustoufle ici par son talent de conteur et son inventivité hors pair. De sa plume délicate et poétique, parfois délicieusement loufoque, il nous offrre le portrait fascinant d'une Amérique défaillante et cruelle, où une simple amitié peut redonner tout l'espoir du monde.
Dominic Salt et ses trois enfants sont les gardiens de Shearwater, une île perdue au milieu de l’océan Austral. Abritant la plus grande banque de graines au monde, le site accueillait jusqu’à il y a peu de nombreux chercheurs que la montée des eaux a contraints à partir. C’est aux Salt, désormais seuls sous la menace inexorable des élé-ments, qu’il revient de choisir les semences qui seront sauvées et dont l’avenir de l’humanité pourrait bien dépendre.
Un soir de tempête, une femme s’échoue sur le rivage, miraculeusement en vie. D’où vient-elle ? Et que cherche-t-elle ?
Bientôt, des secrets enfouis referont surface. Et chacun devra affronter ses fantômes.
Mêlant suspense, réflexion écologique et tragédies familiales, Charlotte McConaghy signe un thriller polyphonique addictif sur la quête de communion et de beauté dans un monde au bord du précipice.
Comment faire face à la monotonie des cours quand on est quatre jeunes adolescents, en classe de seconde au lycée Marie-Curie de Meaux, au début des années 80 ? Grâce à l'imagination : Et si la plupart des profs étaient sous le contrôle d’une puissance extraterrestre venue de la planète Zugul ? Partant de cette invention, nos quatre jeunes vont se sauver de l'ennui, se lier d'amitié, s'initier à la littérature (et à bien d'autres choses), découvrir l'âge ingrat et faire face au monde des adultes. Sans nostalgie, mais avec beaucoup d'humour et une pointe de mélancolie, Iegor Gran rend hommage à une époque encore non soumise aux diktats des smartphones et des réseaux sociaux, et où l'imagination, l'amitié, l'effervescence, l'ébullition et l'émulation d'une salle de classe aidait une jeunesse à se construire. Un roman tendre et réjouissant.
"Mon refuge et mon orage" est une invitation à retrouver toute la puissance romanesque de la grande autrice indienne du Dieu des Petits Riens. Dans ce récit littéraire d'une infinie beauté, Arundhati Roy revient sur son passé : une enfance chaotique dans le sud de l'Inde, son émancipation précoce, le goût de l'écriture, la fulgurance du succès international avec le Booker Prize en 1997, puis la découverte que sa plume peut devenir une arme pour déjouer les injustices et la violence du gouvernement indien. Au fil des chapitres, c'est aussi le portrait de sa mère, Mary Roy, qui prend forme. Une grande âme, généreuse et adulée dans sa région pour y avoir bâti une école, mais qui dans l'intimité s'avérait une mère impitoyable et maltraitante. Toute sa vie durant, elle aura été pour sa fille à la fois son refuge et son orage. Dans ce livre magnifique au style luxuriant, Arundhati Roy nous ouvre les portes de sa vie hors norme et haletante, mêlée à celle d'une figure maternelle redoutable mais qui lui a transmis le goût de la liberté, et la nécessité d'écrire.
En escalade, la "Voie" demande aux grimpeurs de maîtriser l’art de la stratégie, pour choisir le meilleur itinéraire et économiser de l’énergie tout en surmontant les obstacles complexes de la paroi. Dan et Tamma, deux adolescents de 17 ans, vont ainsi traverser leur dernière année de lycée comme on aborde une "Voie". Ils doutent, ne savent pas quelle suite donner à leur parcours. Ils vont devoir faire des choix tout en faisant face à des atmosphères et des situations familiales très difficiles. Ils sont très différents, mais ils s'aiment d'amitié, pour la vie, malgré et pour leurs imperfections respectives. Et surtout, ils ont une même passion qui les lie et les relie : l'escalade. Leur seul bonheur, le seul moment où ils sont eux-mêmes c'est en affrontant des parois vertigineuses. Ensemble ils cherchent la bonne "Voie", leur voie, celle qui leur correspond, qui va répondre à leurs propres attentes. Mais quelle voie suivre ? Comment l'aborder ? Plus précisément comment aborder le "Crux". Titre original du livre, le "Crux" désigne le passage le plus ardu, ce moment où la difficulté se concentre, et où tout se complique simultanément sur le plan technique, physique et mental. Au-delà de la métaphore, Gabriel Tallent place ses personnages face à ce moment critique, et il observe ce que cette épreuve révèle de leur nature profonde dans cette période essentielle de l'adolescence qui n'est que transformation. Dan et Tamma grimpent pour fuir, pour échapper à un monde adulte qui les a déjà rattrapés alors qu'à 17 ans ils sont encore tous les deux en construction. Mais, ils grimpent surtout pour fuir un enfermement qui les étouffe et écrase leurs rêves. Un roman d'apprentissage et d'émancipation très fort et très touchant où Gabriel Tallent avec toute sa subtilité, son talent et sa sensibilité pose la question du sens de la vie, et nous montre que son but n'est pas d'atteindre le sommet mais d'arriver à traverser les passages les plus difficiles avec toujours une main aimante pour nous tenir et nous soutenir.