Quelque part en Lorraine un jour de 2020, pour faire de la place dans le caveau familial, Simone est incinérée. On redécouvre alors l’habit traditionnel indochinois qu’elle portait dans son cercueil. Une tunique de couleur bleue dont on ne savait qu’une chose : le mari de Simone, Paul, la lui avait envoyée au début de la guerre d’Indochine, avant de disparaître.
Le narrateur hérite de ce vêtement en même temps que d’un carton portant la mention « Nancy-Saïgon » et contenant la correspondance de Paul et Simone. Reclus dans son studio, il parcourt ces lettres. Au fil des pages, un homme apparaît – un certain Tilleul. Un homme dont le rôle se révèle complexe, voire trouble. Et qui semble faire le lien entre des désirs et des crimes.
Dans ce roman au style éblouissant, le face-à-face entre deux êtres, égarés ensemble au bout du monde, évolue au gré des langueurs et des férocités de la guerre. À travers le passé colonial de l’Indochine, c’est ainsi l’histoire d’une famille qui se trouve bouleversée.
Une femme est partie. Elle a quitté la maison, défait sa vie. Elle pensait découvrir une liberté toute neuve mais elle éprouve l’élémentaire supplice de l’arrachement. Analyse subtile de la manière dont la rupture déforme le corps et l'âme. Observation fine du temps et des moeurs, souvent drôle, malgré la panique qui s'est emparée de cette femme et qui réveille des peurs archaïques. Ce texte est aussi celui du retour aux origines sociales et géographiques qui occasionnèrent également en leur temps des ruptures souhaitées mais qui avaient conduit à faire silence sur des événements traumatisants. Comme dans un conte parfois terrifiant, la narratrice redevient l'animal apeuré de son enfance.
L'histoire de trois destins, de trois femmes, dont une seule est une survivante : l'autrice. Ce livre inclassable, leur rend hommage. A la croisée de l'enquête, de l'essai, du récit autobiographique, Nathacha Appanah nous fait revivre les vies de ces femmes victimes de leurs bourreaux, leurs conjoints. Mais elle va plus loin. Elle explique les mécanismes d'emprise et montre les rouages de la violence ordinaire, conjugale. Avec une franchise telle que notre cœur est bouleversé et nos émotions décuplées à la lecture du livre. Tout le long de la lecture, la voix si douce et spéciale de l'autrice nous accompagne, pour nous livrer l'indicible mais surtout elle enquête, rencontre les familles, reconstruit les histoires de vies pour redonner toute leur identité et légitimité à ces femmes qu'on a voulu effacer.
Clothilde Mélisse double de l'autrice, pièce maîtresse dans l'oeuvre d'autofiction de Chloé Delaume, a elle aussi vécu sous la tutelle d'un homme qui au nom de l'amour la dépouilla d'elle même. Elle garde de ce concubinage une honte farouche dont elle tait l'origine à ses proches, et qui trop souvent l'empêche de respirer. A l'occasion d'un week-end entre amies dans la ville où elle vécut avec Monsieur, vingt ans auparavant, tout remonte à la surface et la contraint à sortir du déni. Clotilde se demande si libérer sa parole pourrait aider la honte à enfin changer de camp
Chloé Delaume combine une écriture à la fois ludique, poétique et lyrique oscillant entre mélancolie et humour. Ses textes, souvent marqués par un ton féministe corrosif et engagé, sont parsemés de vers et de jeux de mots.
Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? "
Haute-Folie" est un nom de lieu et raconte la vie de Josef.
Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.
Le nouveau roman de Laurent Gaudé est un miroir tendu à nos sociétés consuméristes en proie à l’effondrement. Il fait suite à "Chien 51".
Mais il abrite aussi l’idée d’un ailleurs, d’un refuge face au désastre, nommé résistance.
Zem, l’ancien flic déclassé de la zone 3 – le “chien” au matricule 51 incarne cet engagement.
Kayden, brillante élève de Terminale doit-elle "jouer le jeu"? Tenter le concours d'entrée à Sciences Po en profitant du dispositif d'intégration des jeunes des quartiers comme lui conseille une professeure de Français ?
Elle a tout pour réussir mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Réflexion sur la discrimination positive et ce qu'elle implique. Fatima Daas signe un roman puissant sur l’ambition et la quête d’identité.
Un grand roman d’aventures, porté par les flots tourmentés du Mississippi qui pose un regard incisif entièrement neuf sur l'esclavage et le racisme.
Percival Everett transforme le personnage de Jim créé par Mark Twain, dans son roman "Huckleberry Finn", en un héros inoubliable. "James" est l’histoire déchirante d’un homme qui tente de choisir son destin.
Prix Pulitzer 2025.
Antonio Munoz-Molina interroge avec une grande subtilité les choix et les motivations profondes qui déterminent une vie entière. Gabriel Aristu quitta Madrid pour San Francisco en1967, laissant derrière lui un pays suffoquant sous le fascisme et l'église, et une femme Adriana Zuber qu'il pensait aimer éperdument. Comment l'exil, l'assimilation culturelle, l'immersion dans une autre langue transforment l'identité. Et comment, porté par le temps qui passe, par certaines lâchetés et complaisances, il est facile de s’égarer loin de celui qu’on pensait devenir.
Après "La Carte Postale" et "Gabriële", Anne Berest déploie un nouveau chapitre de l’exploration de son arbre généalogique : la branche finistérienne.
Ici, la petite et la grande Histoire ne cessent de s’entremêler. Depuis la création des premières coopératives paysannes jusqu’à mai 68, en passant par l’occupation allemande dans un village du Léon et la destruction de Brest.
Exploration des « transmissions invisibles » et ses interrogations autour de la trans-généalogie.