Une fresque historique qui mêle l’histoire et le récit personnel et nous permet de mieux connaître la Nouvelle Calédonie. Alice Zeniter prend le temps d’expliquer tout sur cette île, son histoire, ses histoires multiples mais aussi sa géologie, sa végétation, son rapport au temps et à l’espace, ses croyances, les histoires coloniales qui se sont entremêlées, l’histoire de la colonie pénitentiaire… elle rompt avec les récits de l’épopée coloniale en restituant tout ce qui compose la culture de cette île sur le temps long et force à changer les modes de récits. Tass est née en Nouvelle Calédonie de père Kanak et de mère métropolitaine, elle a vécu une dizaine d’années en métropole où elle était prof de français. Après de nombreux allers et retours qui lui ont fait perdre un peu contact avec l’île, elle revient à Nouméa et reprend un poste d’enseignante dans un lycée. Parmi ses élèves deux jumeaux Kanak l’intriguent, ils échangent peu avec les autres lycéens, et semblent porter des tatouages qui intriguent Tass. Un jour ils disparaissent, elle part à leur recherche. Elle aborde, grâce à ce déplacement sur le territoire, d’autres façons de penser l’espace, le temps et l’humanité.
Armand et Birke comédiens connus forment un couple très remarqué. Leur fille Miranda qui a grandi dans ce milieu ouvert et décomplexé demeure pour ses parents un mystère. Enfant discrète, adolescente effacée, elle semble dans l'incapacité de dévorer la vie comme ses parents. Submergée régulièrement par des crises de mélancolie, elle sonde son époque, ses tensions, ses inquitéudes et sa violence. Cette incursion dans l'intimité d'une jeune femme, qui comme d'autres avant elle ont rejoint le club des enfants perdus, nous éclaire sur les interrogations d'une génération.
Rescapée des massacres de son village en 1992, laissée pour morte après une tentative d'égorgement qui l'a privée de sa voix, la narratrice Aube vit à Oran. Elle porte sur son corps et sur son visage les traces d'une guerre dont il est interdit de parler. Enfermée dans le silence de son corps, elle dialogue avec l'enfant qu'elle porte et qu'elle prénomme Houris. Coincée entre son salon de coiffure, la mosquée et les prêches haineux de l'Imam du quartier à l'égard des femmes, elle entreprend un long périple vers son village natal "l'endroit mort" décimé par les katibas islamistes. Récit écrit à la première personne, d'une intensité rare et dans lequel l'auteur s'engage sans détour contre les représentants du pouvoir religieux.
Une petite ville américaine apparemment charmante où rien de tragique n'arrive jamais. Des secrets bien gardés, des gens qui pensent tous se connaître et en savent si peu sur eux mêmes. Une shérif, un professeur de littérature au passé trouble, des adolescentes en quête d'avenir... et le corps de Léo retrouvé sans vie au bord du fleuve.
Un récit qui traque la part d'ombre en chacun.
Après "Blizzard" Marie Vingtras confirme son grand talent de conteuse au plus près de ses personnages.
Quel crime a commis Agnès pour ressentir aujourd'hui l'impérieux besoin de se confier ? Cette jeune catholique pratiquante était pourtant parvenue à rendre sa vie conforme à son rêve et au scénario souhaité par son milieu : à vingt ans, elle avait rencontré son futur mari au très prisé bal du Triomphe des Saint-Cyriens, elle l'avait suivi en régiment à Bayonne, où elle avait attendu tranquillement que s'accomplisse sa destinée de mère de famille nombreuse. Engagements, foi, sociabilité. Mais les années ont passé et elle n'a toujours pas d'enfant. Cette maternité qui se refuse a provoqué en elle une fissure. Au point de la pousser à commettre ce qui ressemble au pire, à ses yeux comme à ceux de sa communauté. Dans ce roman haletant et glaçant, Romane Lafore met en scène une jeune femme, hantée par le bien et le mal.
Un livre intime et bouleversant. En 2022, la mère de l'autrice est victime d'un AVC et ses chances de survie sont infimes mais Ann déjoue tous les diagnostics. Commence alors pour la narratrice, fille, et autrice, le long cheminement à travers les établissements de soins. En parallèle, Julia Deck raconte la vie de sa mère, anglaise issue d'une famille ouvrière qui s'est élevée socialement avant de venir vivre et travailler en France. Au coeur du drame, Julia Deck distille cette étrangeté ironique dont elle a le secret.
Frank Bascombe, né sous la plume de Richard Ford il y a plusieurs décennies, a aujourd'hui 74 ans. Il vit toujours dans le New Jersey à Haddam et travaille comme agent immobilier pour le compte d'un ami. Lorsqu’il apprend que son fils est atteint d’une maladie incurable, il lui propose une virée à la rencontre des monuments d’une Amérique vouée au kitsch : le Palais du Maïs, un hôtel-casino indien, les effigies des « dead presidents » sculptées dans le mont Rushmore. Dans ce roman foisonnant et picaresque l’ombre de la mort plane. Cela n’empêche ni l’humour, ni l’ironie, chers à Richard Ford. Avec ce livre porté par une énergie irrésistible, Richard Ford ausculte une fois encore le mal-être américain sous la forme d‘une comédie noire.
Un récit jubilatoire qui nous plonge dans les arcanes de la justice américaine. Un avocat commis d'office passe le plus clair de son temps à négocier des peines pour ses clients avec un procureur véreux et incompétent. Il aime ce job mais accepte de devenir conseiller juridique dans une boîte de striptease, logée sur un axe routier où convergent de drôles de clients. Un scénario cousu de fils blancs, complètement loufoque, sombre à souhait.
Paul a commis l’irréparable : il a tué son père. Seulement voilà : quand il s’est décidé à passer à l’acte, Thomas Lanski était déjà mort… de mort naturelle. Il ne faudra rien de moins qu’une obligation de soins pendant un an pour démêler les circonstances qui ont conduit Paul à ce parricide dont il n’est pas vraiment l’auteur.
L’Origine des larmes est le récit que Paul confie à son psychiatre : l’histoire d’un homme blessé, qui voue une haine obsessionnelle à son géniteur coupable à ses yeux d’avoir fait souffrir sa femme et son fils tout au long de leur vie. L’apprentissage de la vengeance, en quelque sorte.
Mélange d’humour et de mélancolie, ce roman peut se lire comme une comédie noire ou un drame burlesque. Ou les deux à la fois.
Imaginez un ancien hôtel/refuge de haute montagne, niché dans un hameau déserté l'hiver depuis les années 60, et dont la route d'accès se ferme au 15 décembre pour rouvrir au 15 mars.
Imaginez un couple qui décide de s'y installer à l'année et de vivre les émerveillements et les peurs d'un hivernage de 3 mois, à 1 600 mètres d'altitude, coupé du monde par la neige et les avalanches.
Avec "Au cœur de l'hiver", Jean-Marc Rochette nous raconte son installation dans le massif des Écrins et nous offre un formidable récit d'aventure intimiste.
En septembre 1912, lorsqu’il arrive au sanatorium de Görbersdorf, dans les montagnes de Basse-Silésie, le jeune Wojnicz espère que le traitement et l’air pur stopperont la maladie funeste qu’on vient de lui diagnostiquer : tuberculosis. À la Pension pour Messieurs, Wojnicz intègre une société exclusivement masculine, des malades venus de toute l’Europe qui, jour après jour, discutent de la marche du monde et, surtout, de la « question de la femme ». Mais en arrière-plan de ce symposium des misogynies, voici que s’élève une voix primordiale, faite de toutes les voix des femmes tant redoutées…Hypersensible, malmené par un père autoritaire, Wojnicz veut à toute force étouffer son ambiguïté et dissimuler aux autres ce qu’il est ou redoute de devenir. Pourtant, une mort violente, puis le récit d’autres événements terribles survenus dans la région, vont le conduire à sortir de lui-même. Alors qu’il est question de meurtres rituels et de sorcières ayant trouvé refuge dans les forêts, notre héros va marcher au-devant de forces obscures dont il ne sait pas qu’elles s’intéressent déjà à lui. Ce n'est pas sans humour que l'autrice a choisi comme sous-titre à ce roman inclassable : Roman d'épouvante naturo-pathique.
Olga Tokarczuk a reçu le Prix Nobel de littérature en 2018. Elle est l'écrivaine polonaise la plus traduite à travers le monde.