Contes de l'indigène et du voyageur, volet 2. Entre exil choisi et exil forcé, l'enfer n'est pas dans l'au-delà, l'enfer ce n'est pas les autres. L'enfer c'est notre propre réalité, c'est surtout nous-même. La douleur extrême de vivre vient qu'on ne peut y échapper et qu'en acceptant de vivre dans le monde tel qu'il est "nous lui donnons, à chaque battement de notre cœur las, notre assentiment". Notre bonne ou mauvaise conscience n'empêche pas une descente progressive dans un monde corrompu où la domination économique nous fait participer à un système d'exploitation pour lequel "nous devons répondre de l'état de ce monde, même si nous ne l'avons pas choisi". Dans une langue magnifiquement dense, précise, lyrique mais non dépourvue d'humour, l'auteur fait le constat que le véritable enfer réside dans l'impossibilité d'une véritable rencontre humaine à travers un mur invisible, construit sur la domination économique et sociale, impossible à franchir, chacun restant prisonnier de sa propre condition.
Par la mise en parallèle de deux histoires, celle du narrateur, professeur de philosophie expatrié, qui vit avec sa famille sa vie d'expat dans un confort luxueux, et l'autre celle d'une femme immigrée, Kasheeva, Sri Lankaise, poussée par la misère à s'enfuir et à vivre exploitée que ça soit par sa famille ou ses patrons successifs, Jérôme Ferrari nous livre une réflexion philosophique, sociologique voir anthropologique, sur la condition humaine et notre sentiment de culpabilité.