« La vie très privée de Mr Sim » Jonathan Coe - éd Gallimard
Ce roman est le plus drôle et le plus désespéré de l'écrivain anglais Jonathan Coe. C'est une vaste réflexion sur l'imposture, les histoires que l'on raconte et dont on se nourrit soi-même. Pour illustrer ce propos, le récit foisonne de personnages qui tissent leurs mensonges, que ce soient à des fins personnelles ou économiques. La pièce maîtresse du roman demeure cependant l'histoire vraie de Donald Crowshurt, homme d'affaire passionné par la voile et qui s'engagea dans une course en solitaire à la fin des années soixante mais qui très vite dû renoncer, préférant mentir au monde entier en laissant entendre qu'il était toujours dans la course. Fou de solitude et confronté à ce gigantesque mensonge, il ne survécu pas à son imposture. Maxwell Sim tourne autour de ce héros tutélaire, il en devient l'incarnation des années 2010. Prostré chez lui entre deux assauts dépressifs, il égrène ce qui ne va pas dans sa vie, ses douloureuses relations avec son père, l'indifférence sarcastique de son ex-épouse, ses pâles ambitions professionnelles...
Le ton est résolument sarcastique et très original. Il permet de décrire les ressorts d'une défaite personnelle, très emblématique de notre époque. Un livre passionnant et exceptionnel.

« Quatre jours en mars » Jens Christian Grondahl – éd Gallimard
Quatre jours dans la vie de Ingrid Dreyer, architecte danoise, divorcée et mère de Jonas, adolescent qui ne répond plus aux prières et aux injonctions des adultes. Il vient de se faire interpeller, accusé d'avoir frappé un garçon du même âge. Ingrid s'interroge sur la manière de faire face et tente de comprendre à quel moment elle aurait échoué. Manière habile de revisiter la vie de cette femme, archétype d'une génération qui a choisi d'assumer seule l'éducation de son fils et de mener une vie professionnelle accaparante... mais pas seulement. Issue d'une lignée de femmes revendicatrices et avides de reconnaissance et de liberté, elle tente de comprendre, sur deux générations, où elle pourrait réellement se situer. Un portrait finement construit qui interroge et renvoie à la question de l'autodétermination.

« Charly 9 » Jean Teulé - éd Julliard
Chaly 9 fut de tous nos rois de France l'un des plus calamiteux. Il meurt à 23 ans après avoir ordonné le massacre de la Saint Barthélémy, opération largement commanditée par sa mère Catherine de Médicis, qui épouvanta l'Europe entière et le fit sombrer dans la folie. Il accumula les initiatives désastreuses et fut la risée de tous les royaumes d'Europe. Le règne fut court, le protagoniste consciencieusement oublié, et c'est sans doute ce qui a plu à Jean Teulé dans le choix de ce personnage d'opérette, qui sema la tragédie dans son propre royaume, ne sachant que faire de son pouvoir, et manipulé par de biens plus forts que lui. C'est le récit d'un règne désastreux que la légitimité du droit divin ne pouvait éviter, et qui se raconte dans les coulisses du Louvre, dans une langue extrêment colorée. C'est un roman à classer également parmi ces « irrévérencieux » qui réjouissent car ils font un pied de nez magistral à notre façon de considérer l'histoire des pouvoirs.

« Dernière nuit à Twisted river » John Irving- éd Seuil
A l'image de ce torrent meurtrier Twisted river, le dernier roman de John Irving charrie son lecteur d'états en états et le fait participer, comme dans un roman classique d'aventures, aux péripéties de ses deux héros, traqués sur trois générations, par le chérif d'une concession forestière hors la loi. Far West du grand nord le roman prend corps au pays des bûcherons et des flotteurs de bois, monde impitoyable où chaque maladresse peut être fatale à la vie humaine. Décors, ambiances, personnages, langage... et démesure, nous retrouvons tous les ingrédients du grand roman épique conçu par le maître contemporain du genre. 500 pages qui se dévorent sans conscience et qui défilent comme un long film devant lequel le spectateur retiendrait sa respiration du début à la fin.

« L'écologie en bas de chez soi » Iegor Gran - éd POL
« Un voisin durable est un voisin qui trie ses déchets et me surveille pour que j'en fasse autant. Une amitié durable, c'est une amitié où l'on ne met pas en danger l'avenir de la planète, même en paroles. On évite les sujets qui fâchent. On gobe le discours moralisateur avec le sourire ». Ces quelques lignes introduisent le ton de cet ouvrage décapant où il sera avant tout question d'attaquer l'écologiquement correct devenu une religion d'état et une manne financière réservée à quelques opportunistes. Âme sensible s'abstenir, les attaques seront irrévérencieuses. Un des « papes » de l'écologie sera largement égratigné dès les premières pages, un règlement de comptes assez justifié. Ce livre dénonce les abus d'un lavage de cerveau étatico-écologique et sème aussi parfois le doute sur des présupposés courants, car il propose en permanence des références à des extraits d'études scientifiques, qui brisent parfois le carcan des certitudes. Tout cela est mené avec une bonne humeur et un humour qui rendent le propos abordable et rafraîchissant.Cette légèreté n'est pas sans intérêt, et il s'avère que parler d'écologie avec humour fait du bien !

Romans

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