« L’art de voler »Antonio Altarriba/ Kim - éd Denoël


« Mon père s’est suicidé le 4 Mai 2001 », c’est avec cette phrase que débute le roman graphique de Altarriba, illustré par Kim. A 90 ans, son père se jette d’un immeuble pour essayer de voler, et être une dernière fois un homme libre. Toute sa vie est retracée afin d’expliquer ce geste : naissance dans une Espagne très rurale, l’engagement dans la guerre civile aux cotés des républicains, puis viennent les camps de Perpignan et la deuxième guerre mondiale en France. C’est avec le retour en Espagne et l’abandon des idéaux de jeunesse que le récit prend une autre épaisseur, pour nous expliquer le dénouement final. Un dessin noir et blanc sobre accompagne cette biographie très sensible, prétexte à naviguer dans l’histoire européenne du vingtième siècle.

« Jeanine » Matthias Picard - éd l’Association


Jeanine a eu une vie incroyable. C’est pourquoi Matthias Picard a décidé de la raconter sous forme de BD. Après sa naissance en Algérie dans une famille très pauvre, elle se retrouve, à 60 ans, prostituée à Strasbourg, mais avant ça, elle a été championne de natation, vendeuse de sandwich sur la côte d’Azur, avec un détour par les prisons allemandes. Jeanine mélange un peu les dates et les faits, mais c’est ce qui la rend attachante. Paru au départ en épisodes dans la revue Lapin, Jeanine montre que l’Association assume toujours son rôle de découvreur de talents et continue son exploration graphique avec la même rigueur.

« Blast II » Manu Larcenet - éd Dargaud


Prévu en 4 ou 5 volumes, Larcenet nous livre ici la deuxième partie de la garde à vue de Polza Mancini. Il revient sur la vie qu’il a eu pendant les quelques mois précédents son interpellation, un meurtre particulièrement sanglant semble en être le dénouement. Il avait décidé de tout lâcher et de vivre comme un marginal, motivé par la recherche du blast, sorte de vision mystique. Cette lente déchéance consciente d’un individu est le biais qu’a choisi Larcenet pour explorer le monde des marginaux ainsi que les thèmes de la sociabilité. Qu’est ce qui nous relie vraiment aux autres ? Peut-on vraiment couper tous les liens ?
Magnifiques dessins noir et blanc qui décrivent très bien l’errance de Mancini qui gagne en profondeur et en noirceur dans ce deuxième volet.

« Est ce qu’on ment aux gens qu’on aime ? » Lewis Trondheim - éd Dupuis


Dans un petit village isolé, à une époque indéterminée, Ralph Azam est un paria et passe pour un sorcier imbécile. En effet, il a un pouvoir très spécial et qui paraît anodin : il a le don de voir les morts et les futurs naissances. Tout change au moment de l’arrivée de la Horde, armée de pilleurs sans scrupule. Il apprend qu’il a autrefois été élu pour sauver le village, mais qu’il a échoué… On l’aura compris, cet épisode est une introduction, qui permet à Trondheim de brosser ces personnages, un prélude à une série qu’on espère longue.
Projet ambitieux, dans la lignée des Donjons, avec un univers Heroïc Fantasy et beaucoup d’humour, foisonnant de règles, de pouvoirs inutiles et de formules magiques. Ce premier volet ravira les fans du genre et permettra aux autres de découvrir un auteur aux multiples facettes.

« Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) » Sarah Glidden - éd Steinkis


Le Taglit est un programme mis en place par le gouvernement Israélien, financé par des fonds privés, permettant aux jeunes juifs du monde entier de venir découvrir Israël par eux-mêmes. Américaine et « de gauche », Sarah se lance dans l’aventure. Très critique vis-à-vis de ce programme et d’Israël en général, elle veut avant tout voyager pour pas cher, et elle est bien décidée à ne pas se laisser laver le cerveau. Elle est rapidement mise face à des contradictions, beaucoup plus difficiles à résoudre sur place. Tout est toujours plus compliqué quand on le vit de l’intérieur. La découverte d’Israéliens en désaccord avec le gouvernement la déstabilise énormément. Autobiographie à vocation documentaire, ce roman graphique représente le renouveau de la Bande Dessinée engagée et essayant de montrer le monde.

Bandes dessinées

« Empire des hauts murs » Simon Hureau - éd La boîte à bulles


Pendant les grandes vacances, Matéo et son petit frère font une drôle de découverte. Un immeuble abandonné est habité par une bande d’adolescents. Ils peuvent faire partie de l’étrange troupe à condition de ne jamais dévoiler l’existence de ce royaume aux adultes. Sorte de fée clochette des temps modernes, une jeune fille appelée « la princesse » règne sur ce petit monde, régit par le jeu. Mais attention, la menace de la réhabilitation de l’immeuble plane, elle coïncidera avec la fin de l’été et à la sortie du monde de l’enfance.
Sur le pouvoir de l’imagination, un petit format qui plaira aux petits comme aux grands.

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