« La Gifle » Christian Tsolkias - éd Belfond
La gifle, premier roman traduit en français de l'écrivain australien Christos Tsiolkas, finaliste du Man Booker Prize 2010, s'ouvre sur une belle fin de journée d'été, à Melbourne. Hector et Aisha, couple bourgeois habitant une banlieue cossue, organisent un barbecue auquel ils ont convié leur famille respective, grecque et indienne d'origine, ainsi que leurs amis. Cette sauterie, qui devait à la fois être prétexte de retrouvailles et de rencontres, va pourtant dégénérer ...
LA gifle, où comment un événement somme toute anecdotique, à savoir cette fameuse gifle donnée par Harry, cousin d'Hector, à Hugo, jeune garçon de 4 ans, va révéler toutes les failles et rancoeurs de la société multiculturelle australienne. Le vernis des convenances sociales va se disloquer, violemment, donnant à voir ce qui fait le quotidien des personnages de l'intrigue : alcool, drogue, jalousie, mesquinerie, détresse morale, racisme ordinaire …
Le roman, et c'est là sa très grande force, via une très habile construction scénaristique, nous amène à être les spectateurs d'une conversion, celle d'une société polissée et visiblement harmonieuse en clans éclatés reproduisant à une micro-échelle toutes les conditions d'une guerre civile. Passionnant.
« Panique à Porterhouse » Tom Sharpe - éd Belfond
Tom Sharpe, pape de l'humour anglais, connu internationalement pour sa série WILT, où comment un homme est confronté au « désastre » du mariage, nous revient, non pas pour une nouveauté, mais dans le cadre d’une réédition de son dyptique sur le collège Porterhouse. Panique à Porterhouse, c’est un cocktail de tout ce qu’on trouve de meilleur chez l'écrivain anglais : des personnages ahurissants confrontés à des situations rocambolesques, une intrigue policière déjantée, des dialogues drôles et percutants, pleins de quiproquos. Cette fois-ci, dans un collège Porterhouse au bord de la faillite, des complots se trament afin de se débarrasser du directeur de l’école. Sauf que les successeurs pressentis se révèlent encore plus catastrophiques que celui que l’on souhaite faire partir. Et c’est sans compter sur le détective Purefoy Osbert, engagé pour tirer au clair le meurtre de l’ancien Directeur…
Tom Sharpe, de par cette faculté qu’il a de construire des scènes très élaborées et scénographiées, et dans un même temps, d’y faire régner un doux parfum d’anarchie et d’impertinence, s’impose comme un des romanciers les plus revigorants et déridants de son époque.
« Le polygame solitaire » Brady Udall - éd Albin Michel
Dans la veine d'un Tristan Egolf, d'un John Kennedy Toole, ou d'un John Irving, grands conteurs de l'Amérique du milieu, portraitistes de sans grades et de marginaux, aux antipodes de la mentalité des côtes Est et Ouest, Brady Udall nous revient 10 ans après un premier roman qui l'avait révélé internationalement, le Destin miraculeux d'Edgar Mint. Intitulé Le polygame solitaire, le récit nous emmène cette fois-ci au sein d'une famille mormone, avec à sa tête Golden Richards, 40 ans, 4 femmes et 28 enfants. Rongé par les tensions familiales, la perte de 2 de ses enfants, et par une entreprise qui périclite, le père de famille est en plein démon de midi, doutant de ses facultés à mener sa vie et celle de son ses foyer(s). Miné par ses soucis, s'isolant de plus en plus, il va pourtant rencontrer l'amour dans un endroit inattendu, l'obligeant à mener une double vie …
Récit successivement drôle et touchant, à la veine autobiographique, où les situations rocambolesques ne retirent pourtant rien à la dimension réaliste du roman, ce livre se révèle original et attachant.
« Le Kremlin en sucre » Vladimir Sorokine - éd L'Olivier
Vladimir Sorokine, même s'il obtient un relatif succès d'estime en France, ne jouit pas du statut et de la reconnaissance qu'il peut obtenir en Russie, même s'il y est tenu en disgrâce par le pouvoir. Son oeuvre, pour ce qui est traduit chez nous en tout cas, est pourtant de haute tenue. Après les très réussis (et inventifs) Le lard bleu (2007), Journée d'un Opritchnik (2008) et la voie de Bro (2010), Vladimir Sorokine fait paraître chez l'Olivier le Kremlin en sucre, récit d'anticipation se déroulant dans la Russie de 2028, dont le trait le plus étonnant est de marier archaïsme et science-fiction, dans un contexte politique qui a pourtant beaucoup à voir avec le pouvoir politique actuellement en place.
Bâti autour de scènes sans liens apparents, V. Sorokine nous montre que malgré les évidentes évolutions technologiques qu'a connues le pays, les moeurs, elles, n'ont fondamentalement pas changé : pouvoir corrompu, police politique omniprésente digne des pires heures de l'ex-URSS, division de la société, selon une logique féodale, entre opritchniks et opprimés, population abrutie par la propagande, ainsi que par la distribution gratuite de drogue. Des hologrammes et des robots viennent se mêler à cette « Russie éternelle», simplement pour ne pas faire mentir la phrase du Prince de Lampedusa, selon laquelle « il faut que tout change pour que rien ne change ».
« Rose » Tatiana de Rosnay - éd Eloïse d'Ormesson
Sur les traces d'un Zola chroniquant les bouleversements de la capitale française initiés par le baron Haussman, Tatiana de Rosnay, auteur franco-britannique ayant remporté un très large succès en 2006 avec elle s'appelait Sarah, change cette fois-ci complètement de style et d'époque. Roman épistolaire, le récit est construit autour de la figure de Rose Bazelet, veuve à la vie paisible, entre promenades et lectures, qui va être confronté à ce qu'elle redoutait le plus : la démolition programmée de sa maison, située sur le tracé du boulevard Saint Germain. Liée à cette bâtisse, de par la promesse qu'elle a faite à son mari, Rose va se battre pour conserver la demeure familiale, porteuse d'un lourd secret.
Confession sur les joies et déceptions de tout ce qui compose une vie, le livre, s'il s'apparente à un journal intime, état des lieux de ce qui a précédé, est également tourné vers le futur, vers l'action : les bouleversements qui vont faire rentrer Paris dans une ère nouvelle, celle de la modernité, vont amener Rose à devoir batailler pour sauver in extremis ce qui lui est devenu le plus cher depuis la perte de son mari.
Romans
« Mickael Jackson » Pierric Bailly - éd POL
Pierric Bailly, après un premier roman sorti en 2008, « Polichinelle » qui avait produit son petit effet, nous revient avec un livre intitulé Mickael Jackson.
L’intrigue s’articule autour de Luc, jeune garçon tout juste bachelier, débarquant à Montpellier pour suivre un cursus Arts du spectacle à l’Université Paul Valéry. Il y découvre ce qu'il était loin d'imaginer : des soirées orgiaques, des amis hors-norme, des étudiants veules, prompts à déserter les amphithéâtres, l'amour … L'amour de Maud plus exactement, dont le récit suit les évolutions à 3 âges différents de Luc, 18, 22, et 26 ans, et qui constitue la quête initiatique du personnage principal, rapprochant par-là Mickael Jackson des romans d'apprentissage.
Le livre, porté par une dimension Houellebecquienne, dans cette distance désabusée, ironique, avec laquelle Pierric Bailly dépeint le quotidien des fils et filles de la classe moyenne, entretient également une parenté avec Bret Easton Ellis, de par cette façon clinique et précise de décrire un nihilisme générationnel, donnant une teinte très réaliste aux scènes.
Le récit se révèle donc une mine sociologique, dans la veine des écrivains naturalistes, en même temps qu'un plaisir de lecture, la langue y étant riche, et pleine de trouvailles stylistiques.






