« Le livre de Dave », de Will Self – éd de l’Olivier
Il s’agit là d’un projet fou, d’un pari d’écriture, d’un objet ambitieux et démiurgique.
500 ans après notre ère, des êtres humains tentent de survivre à un déluge, dont les conséquences sont dignes de certains passages des récits apocalyptiques de la Bible. Pour conjurer le chaos, quelques fanatiques vont adopter comme Messie un certain Dave, chauffeur de taxi londonien raciste et misogyne, celui-ci ayant consigné avant le Déluge tous ses dissentiments dans un petit livre, qui va devenir la Sainte Ecriture de l’époque.
Livre provocateur et jouissif, ambitieux thématiquement et narrativement, Will Self a signé un véritable chef d’œuvre, basé sur une idée géniale, dont il a su tirer toute la quintessence.
Il s’agit là d’un projet fou, d’un pari d’écriture, d’un objet ambitieux et démiurgique.
500 ans après notre ère, des êtres humains tentent de survivre à un déluge, dont les conséquences sont dignes de certains passages des récits apocalyptiques de la Bible. Pour conjurer le chaos, quelques fanatiques vont adopter comme Messie un certain Dave, chauffeur de taxi londonien raciste et misogyne, celui-ci ayant consigné avant le Déluge tous ses dissentiments dans un petit livre, qui va devenir la Sainte Ecriture de l’époque.
Livre provocateur et jouissif, ambitieux thématiquement et narrativement, Will Self a signé un véritable chef d’œuvre, basé sur une idée géniale, dont il a su tirer toute la quintessence.
Romans suite
« Cantique de la racaille opus 2 » de Vincent Ravalec - éd Fayard
16 ans après avoir bousculé la rentrée littéraire française de 1994 avec son cantique de la racaille, aux côtés de Houellebecq et de Dantec, Vincent Ravalec imagine la suite des aventures de Gaston, petite frappe ambitieuse passée par la case prison dans le premier opus, et que l’on retrouve ici libéré de sa geôle. Réadaptation d’autant plus difficile que le monde a beaucoup changé en 15 ans, et qu’il va falloir travailler pour « survivre » : choc des mondes qui permet à Ravalec de brosser des scènes cocasses, à la croisée du réalisme balzacien et de la loufoquerie d’un Tom Sharpe. Tour à tour paparazzo, medium, agent secret, voyageur de l’extrême, sauveur intrépide, assassin à la douce, l’attachant Gaston entraîne le lecteur dans ses pérégrinations farfelues, tel un fou dans un monde de cyniques, lui permettant d’apprécier, chose suffisamment rare dans la littérature contemporaine pour le signaler, un cocktail d’humour et d’aventure fantaisiste, mâtiné de critique sociale.
Un divertissement loufoque, qui ne sacrifie pourtant rien à l’intelligence.
16 ans après avoir bousculé la rentrée littéraire française de 1994 avec son cantique de la racaille, aux côtés de Houellebecq et de Dantec, Vincent Ravalec imagine la suite des aventures de Gaston, petite frappe ambitieuse passée par la case prison dans le premier opus, et que l’on retrouve ici libéré de sa geôle. Réadaptation d’autant plus difficile que le monde a beaucoup changé en 15 ans, et qu’il va falloir travailler pour « survivre » : choc des mondes qui permet à Ravalec de brosser des scènes cocasses, à la croisée du réalisme balzacien et de la loufoquerie d’un Tom Sharpe. Tour à tour paparazzo, medium, agent secret, voyageur de l’extrême, sauveur intrépide, assassin à la douce, l’attachant Gaston entraîne le lecteur dans ses pérégrinations farfelues, tel un fou dans un monde de cyniques, lui permettant d’apprécier, chose suffisamment rare dans la littérature contemporaine pour le signaler, un cocktail d’humour et d’aventure fantaisiste, mâtiné de critique sociale.
Un divertissement loufoque, qui ne sacrifie pourtant rien à l’intelligence.
« Les assoiffées » de Bernard Quiriny – éd du Seuil
1970 : une révolution d’inspiration féministe éclate en Belgique. Quelques militants extrémistes français vont voir dans ce nouveau régime un modèle d’égalité et une voie à suivre. Invités à visiter « l’Empire des femmes », menée de main de « maître-sse » par les « Bergères » Ingrid et Judith, ils vont être « promenés » à la guise des propagandistes de la cause. Parallèlement, une citoyenne du régime va décrire par le menu l’envers du décor.
Le livre, premier roman du belge Bernard Quiriny, brocarde non sans un certain humour les excès des totalitarismes que l’on a pu voir émerger au 20è siècle. Le burlesque, bien employé en littérature, peut être un premier antidote à toutes les tentatives de falsifications, comme nous le montre si bien Bernard Quiriny, dont la première incursion dans le roman laisse présager d’autres bonnes surprises.
1970 : une révolution d’inspiration féministe éclate en Belgique. Quelques militants extrémistes français vont voir dans ce nouveau régime un modèle d’égalité et une voie à suivre. Invités à visiter « l’Empire des femmes », menée de main de « maître-sse » par les « Bergères » Ingrid et Judith, ils vont être « promenés » à la guise des propagandistes de la cause. Parallèlement, une citoyenne du régime va décrire par le menu l’envers du décor.
Le livre, premier roman du belge Bernard Quiriny, brocarde non sans un certain humour les excès des totalitarismes que l’on a pu voir émerger au 20è siècle. Le burlesque, bien employé en littérature, peut être un premier antidote à toutes les tentatives de falsifications, comme nous le montre si bien Bernard Quiriny, dont la première incursion dans le roman laisse présager d’autres bonnes surprises.
« Kapitoil » de Teddy Wayne – éd Liana Levi
Premier roman d’un journaliste américain, « Kapitoil » nous narre l’arrivée à New-York d’un jeune Qatari nommé Karim, chargé de préparer pour une société de Wall Street le bug de l’an 2000. Livre sur l’économie américaine, sur le sentiment de toute-puissance des Etats-Unis avant le 11 septembre 2001, certes. Mais le roman est aussi une réflexion de la compatibilité des cultures entre elles. L’informaticien, dès son arrivée, est confronté à l’inconnu : relations hommes-femmes, mœurs, expressions, capitalisme. Comédie de situation en même temps que réflexion anthropologique, le parcours de Karim, sorte de Candide au royaume des geeks et des cyniques, laisse à penser que si le récit est pré-11 septembre, la morale est post-11 septembre : chaque civilisation formate les hommes selon un certain schéma, et ceux-ci ne sont souvent pas compatibles entre eux. Entre le père de Karim, qui traite les américains de décadents, et le père « symbolique » de l’informaticien, à savoir son patron, matérialiste, cynique et immoral, le récit laisse en effet peu de place à la réconciliation des « mondes ».
Premier roman d’un journaliste américain, « Kapitoil » nous narre l’arrivée à New-York d’un jeune Qatari nommé Karim, chargé de préparer pour une société de Wall Street le bug de l’an 2000. Livre sur l’économie américaine, sur le sentiment de toute-puissance des Etats-Unis avant le 11 septembre 2001, certes. Mais le roman est aussi une réflexion de la compatibilité des cultures entre elles. L’informaticien, dès son arrivée, est confronté à l’inconnu : relations hommes-femmes, mœurs, expressions, capitalisme. Comédie de situation en même temps que réflexion anthropologique, le parcours de Karim, sorte de Candide au royaume des geeks et des cyniques, laisse à penser que si le récit est pré-11 septembre, la morale est post-11 septembre : chaque civilisation formate les hommes selon un certain schéma, et ceux-ci ne sont souvent pas compatibles entre eux. Entre le père de Karim, qui traite les américains de décadents, et le père « symbolique » de l’informaticien, à savoir son patron, matérialiste, cynique et immoral, le récit laisse en effet peu de place à la réconciliation des « mondes ».
« Le fond du ciel » de Rodrigo Fresan, - éd - du Seuil
Le fond du ciel, dernière parution en France du romancier argentin Rodrigo Fresan, n’est pas, comme il le rappelle dans la postface, un roman de science-fiction, mais un roman avec de la science-fiction. Finesse qui en dit long sur un auteur dont le propos n’est pas d’éculer tous les poncifs d’un genre qui peut parfois s’auto caricaturer, mais au contraire d’utiliser toutes ses « libertés », l’éclatement du récit en diverses failles spatio-temporelles notamment, pour exprimer des sentiments, angoisses, perturbations, inaccessibles aux autres littératures.
Divisé en 3 parties, se déroulant sur 2 planètes, il y est question de 2 jeunes garçons new-yorkais fans de SF construisant une planète pour belle et mystérieuse inconnue. Séparés plus tard spatialement et temporellement, chacun, tout en continuant à vivre sa vie, l’un en étant scénariste pour la télévision, l’autre scientifique engagé par l’armée, sillonnant des espaces et des temps lointains, va néanmoins continuer à être lié à l’autre par le souvenir de cet amour « marquant ». Un superbe roman ou tout s’entremêle, se confond, apparentant la lecture à un voyage en terre inconnue.
Le fond du ciel, dernière parution en France du romancier argentin Rodrigo Fresan, n’est pas, comme il le rappelle dans la postface, un roman de science-fiction, mais un roman avec de la science-fiction. Finesse qui en dit long sur un auteur dont le propos n’est pas d’éculer tous les poncifs d’un genre qui peut parfois s’auto caricaturer, mais au contraire d’utiliser toutes ses « libertés », l’éclatement du récit en diverses failles spatio-temporelles notamment, pour exprimer des sentiments, angoisses, perturbations, inaccessibles aux autres littératures.
Divisé en 3 parties, se déroulant sur 2 planètes, il y est question de 2 jeunes garçons new-yorkais fans de SF construisant une planète pour belle et mystérieuse inconnue. Séparés plus tard spatialement et temporellement, chacun, tout en continuant à vivre sa vie, l’un en étant scénariste pour la télévision, l’autre scientifique engagé par l’armée, sillonnant des espaces et des temps lointains, va néanmoins continuer à être lié à l’autre par le souvenir de cet amour « marquant ». Un superbe roman ou tout s’entremêle, se confond, apparentant la lecture à un voyage en terre inconnue.
« Frères de sang » de Richard Price – éd Presses de la Cité
Frères de sang est le second livre du romancier et scénariste Richard Price, publié aux Etats-Unis dans les années 1970, alors que l’auteur n’avait que 25 ans.
Le lecteur est immergé au sein d’une famille italienne vivant dans le Bronx, les De Coco. On y suit plus particulièrement le parcours de Stony, jeune garçon de 18 ans qui tente de composer entre ses aspirations professionnelles, bien différentes de celles que son père avait imaginées pour lui, un frère anorexique, une petite amie infidèle, et un environnement urbain stimulant mais dangereux. Sorte de tragédie des bas-quartiers, où la société n’existe que comme jungle, Richard Price excelle dans la transcription de cette atmosphère pleine de tension, où l’injustice, la violence, le racisme, le sexisme, sont évoqués à travers des dialogues crus et percutants, empreints de la poésie des accents propres à chaque communauté.
Tragédie donc, puisque c’est cette culture du ghetto, qui fonde en grande partie l’identité des protagonistes de l’histoire, qui dans un même mouvement les enferme dans un carcan, ne leur laissant entrevoir comme portes de sortie ou comme perspective d’ascension sociale que les voies de l’illégalité, de la marginalité, ou d’absence de perspective justement.
Frères de sang est le second livre du romancier et scénariste Richard Price, publié aux Etats-Unis dans les années 1970, alors que l’auteur n’avait que 25 ans.
Le lecteur est immergé au sein d’une famille italienne vivant dans le Bronx, les De Coco. On y suit plus particulièrement le parcours de Stony, jeune garçon de 18 ans qui tente de composer entre ses aspirations professionnelles, bien différentes de celles que son père avait imaginées pour lui, un frère anorexique, une petite amie infidèle, et un environnement urbain stimulant mais dangereux. Sorte de tragédie des bas-quartiers, où la société n’existe que comme jungle, Richard Price excelle dans la transcription de cette atmosphère pleine de tension, où l’injustice, la violence, le racisme, le sexisme, sont évoqués à travers des dialogues crus et percutants, empreints de la poésie des accents propres à chaque communauté.
Tragédie donc, puisque c’est cette culture du ghetto, qui fonde en grande partie l’identité des protagonistes de l’histoire, qui dans un même mouvement les enferme dans un carcan, ne leur laissant entrevoir comme portes de sortie ou comme perspective d’ascension sociale que les voies de l’illégalité, de la marginalité, ou d’absence de perspective justement.






