« Le Club des Incorrigibles optimistes » J-M Guenassia – éd Albin Michel
Premier roman d'un inconnu de 59 ans, cette chronique des années 50/60 apparaît comme l'une des oeuvres marquantes de la rentrée littéraire. Les 750 pages du livre nous plongent dans le Paris de l'après-guerre et de l'avant-68, quelque part entre le Jardin du Luxembourg et la place Denfert-Rochereau, où Michel Marini, jeune adolescent de 12 ans issu d'une famille sans histoire, fera son éducation politique et « sentimentale », au contact de ce « club des incorrigibles optimistes », expression recouvrant les habitués de l'arrière-salle du Balto, club d'échecs où se retrouvaient des dissidents ayant traversé le rideau de fer. Roman de formation, en même temps que reconstitution scrupuleuse d'une époque, sur laquelle plane le spectre de la guerre d'Algérie, Guenassia réussit le tour de force de rendre ce récit profond et complexe.
« New-York Fantasy » Olivier Jacquemond - éd. Mercure de France
A travers le voyage initiatique d'un jeune parisien, fraichement débarqué à New-York, Olivier Jacquemond nous initie à la mythologie de la « grande pomme », dans un récit pourtant perché à hauteur d'homme. Quête « conradienne », la mer en moins, la ville en plus, où la fuite du narrateur n'est qu'un pis-aller pour fuir tourments et interrogations, et qui ne mènera pourtant qu'à un retour sur soi et sur ses origines. L'auteur nous ballade à travers des époques, la contre-culture des années 1960, les années 2000, des lieux, des bouges tout juste vivables aux quartiers historiques de New-York. Une tonalité dans la veine des « poèmes chantés » de Leonard Cohen et dont la mélancolie vous poursuit une fois la dernière page tournée.
« Trois femmes puissantes » - Marie Ndiaye - éd Gallimard
Trois récits, trois femmes qui se battent pour préserver leur dignité contre les humiliations que la vie leur inflige avec une obstination méthodique et parfois incompréhensible. Trois femmes, trois vies laminées par le pouvoir paternel, la médiocrité et la prétention d'un époux ou simplement par l'existence quand elle n'offre aucune chance de salut. Trois récits terribles portés par le souci permanent de décrire le sentiment d'anéantissement. Nous sommes éblouis par la force de l'écriture de Marie Ndiaye qui s'applique à expliquer, sans concessions, toutes les formes que peut revêtir le mal. C'est un livre exceptionnel.
« Des hommes » Laurent Mauvignier éd. de Minuit
Un très grand livre, magnifique et bouleversant, qui évoque l'empoisonnement éternel des hommes abandonnés dans les guerres et par la vie quand elle tourne mal et qu'il n'est pas possible d'échapper au ressentiment. Et, si il est surtout question de la guerre d'Algérie, ce livre rappelle la condition des hommes dans toutes les guerres : le traumatisme universel auquel l'homme est condamné quand il découvre la peur et la barbarie. Ce n'est pas un texte militant mais un hommage poignant rendu à notre pauvre humanité par un auteur d'une extrême pudeur et d'une profonde sensibilité.
« Exil intermédiaire » C. Curiol – éd Actes Sud
Eté 2008. Deux femmes, que rien ne relie, vont pourtant former une communauté de destins. Elles ne se connaissent pas, ne se rencontreront pas, mais vont pourtant se trouver, le temps d'un week-end, en situation d' « exil intermédiaire », cette phase transitoire où le passé n'agit plus comme cette force qui vous maintient dans son giron, et où le futur n'est que brume épaisse. L'une, sur le point de quitter son compagnon de 10 ans, l'autre, embarquée dans un avion en provenance de Paris, direction New York. Chacune va tenter de réaffirmer son emprise sur la vie, dans cette cité aux allures surréalistes, où le grandiose et l'infinitésimal cohabitent, écrasés par ce « mastodonte urbain ». Céline Curiol trace son sillon dans la veine des grands écrivains new-yorkais, marchant sur les plate-bandes de Don Delillo et de Paul Auster, qui l'a déjà adoubée.

Romans

« Vies souterraines » - Delphine De Vigan – éd. JC Lattès
Une femme digne, intelligente et brillante pénètre bien malgré elle dans l'enfer du harcèlement moral au travail. Le processus d'anéantissement très bien évoqué aura raison d'elle et nous serons témoins d'un assassinat professionnel. Un homme solitaire, médecin « urgentiste » sillonne la ville et croise tous les jours la misère et les solitudes citadines. Cette vie nomade au service des autres sans point d'attache affectif se fissure elle aussi. Deux vies parallèles pour deux personnages qui ne se rencontreront jamais alors que l'on se met à espérer un peu bêtement un « happy end » qui aurait consolé de tant de douleurs. Très émouvant.
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